Skip to content

[Cinéma] Les Trois Mousquetaires : héros sans complexe

Par

Publié le

5 avril 2023

Partage

Cette première adaptation française de Dumas depuis de Gaulle était l’un des films les plus attendus de l’année. Verdict.
3mousq

Il y a des films qui sont comme ces corps dont on espérait trop pour se réjouir de les avoir enfin sous les yeux, et c’est le cas de cette nouvelle adaptation des Trois Mousquetaires. Car Dumas, car d’Artagnan, car les épées qu’on tire sous l’œil des princesses, c’est la France, précisément la France, et quand ce sont des Français qui s’en emparent pour la première fois depuis 1961, avec en plus 72 millions d’euros dans les poches, soit le cinquième plus gros budget de l’histoire de notre impécunieux cinéma, on voudrait que l’éclat des lys éblouisse les spectateurs jusqu’en Californie. Et les lys sont là, et la France est là : le cliquetis des lames résonne de bout en bout, on galope, on boit, on fait l’amour, et surtout on est tendrement insolent, aussi impatient de cracher sur un garde du Cardinal que de mourir pour son roi et de s’agenouiller devant sa reine. Bref, l’esprit mousquetaire y est, et c’est déjà beaucoup. Cette réussite est surtout possible grâce au quatuor d’acteurs principaux qui campent leurs personnages avec une jubilation évidente. Entre Civil, Duris, Marmaï et Cassel, la magie opère, les dialogues virevoltent, et on tient une belle page d’amitié virile dont le souffle rafraîchit les terres putréfiées du cinéma français. Comme s’il se souvenait enfin que les chevauchées et les bagarres sont un spectacle du meilleur intérêt, que l’on peut montrer sans honte ni justification, juste pour le plaisir.

LIRE AUSSI : [Cinéma] Voyages en Italie : audacieux

Beaucoup d’audace, quelques maladresses

Ce film ose donc tout : jouer avec les clichés, notamment celui de la femme fatale (beauté perturbante d’Eva Green) ; la grandiloquence dans les dialogues, la farce dans la comédie, et même le sérieux. Mais trop souvent, cette audace vire à la maladresse. Ainsi de la tentative d’ancrer le film dans un contexte politique réaliste, celui des guerres de Religion, dont les auteurs semblent avoir sous-estimé la difficulté. Il y a là des lourdeurs scolaires, des banalités évitables. Si l’on salue l’effort, un drame politico-historique ne s’invente pas, et le temps passé à tenter de l’élaborer en vain est perdu pour le développement des personnages, dont on se demande quand on les quitte au générique si on les a aimés, si on aurait souffert dans notre chair de leur échec.

En sortant de la salle, vous ne songerez pendant une bonne heure qu’à enfiler une soubreveste bleu roi et épouser Constance Bonacieux

L’intrigue avance mais comme en glissant sur le spectateur. Manquent les moments d’intensité supérieure qui font se préoccuper vraiment du sort de ces inconnus sur un écran. Tout est trop facile, on ne ressent ni dangers extérieurs ni déchirements intérieurs faire trembler nos protagonistes. Mais n’ayez crainte, en sortant de la salle, vous ne songerez pendant une bonne heure qu’à enfiler une soubreveste bleu roi et épouser Constance Bonacieux. Les Trois Mousquetaires : D’Artagnan, qui sera suivi par un deuxième volet en décembre, est un bon divertissement qui manque certaines de ses ambitions et en concrétise d’autres. Rater certaines choses dans un film, c’est autorisé ; ce qui doit nous interroger, c’est l’attente démesurée que nous placions dans ce long-métrage : c’est parce que nous savons la rareté de ce met au menu que nous l’aurions voulu si exquis, et aussi parce que nous suspectons que de la réussite de cette entreprise dépend peut-être l’avenir du film héroïque en France. Mais comme il est injuste de faire reposer sur une seule œuvre le destin d’un genre, félicitons sans faire la fine bouche l’équipe des Trois mousquetaires pour son essai sans complexe, et souhaitons-lui beaucoup d’imitateurs.


Les Trois Mousquetaires : D’Artagnan (2h01), de Martin Bourboulon, avec François Civil, Romain Duris, Vincent Cassel, Eva Green, Pio Marmaï, en salles le 5 avril

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest