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Somi : hommage à Mama Afrika

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Publié le

2 mai 2023

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La chanteuse, actrice et dramaturge américaine Laura Kabasomi Kakoma – née de parents originaires du Rwanda et de l’Ouganda – alias Somi sur scène, rend un vibrant hommage à Miriam Makeba, « Mama Afrika », qui nous a quittés en 2008. Zenzile, The Reimagination of Miriam Makeba est un opus fort élégant tout en compositions intimistes autour des meilleures œuvres de l’artiste disparue, sublimées par ses quatre octaves de voix, un sens de la scène imparable et sa sérénité profonde. Rencontre avec une femme solidement incarnée, aux allures de diva éthérée, icône de la musique africaine.
Somi

Il en faut de l’audace pour se mesurer à Miriam Makeba !

Je le lui devais nécessairement ! C’est ma tentative d’honorer la voix sans concession d’une femme africaine qui a inévitablement guidé mon parcours et fait de la place pour d’innombrables autres artistes africains. En exil pendant des décennies, Zenzile Makeba Qgwashu Nguvama a été l’esprit d’un continent et la voix talentueuse et brillante des droits civiques, de la lutte contre l’apartheid et pour la justice sociale. Nous lui sommes tous redevables d’avoir défriché et créé cet espace en notre nom en tant que première artiste africaine à se présenter sur la scène culturelle mondiale.

L’ouverture de votre concert à Paris était sidérante de réminiscences et d’invocations !

Oui, c’est tellement spirituel pour moi ! Je me demande régulièrement pourquoi on ne fait pas plus cas de sa générosité et de tout ce à quoi elle a contribué. Mon premier contact avec elle c’était par sa dimension de précurseur. Et puis sa voix est « famille », je ne dis pas familière je dis « famille ». Je lui reconnais tant de grâce et de feu sacré.

Qu’est-ce qui surprend dans sa musique ?

Sa capacité à faire convoler en justes noces le traditionnel vers le jazz, si aisément. Et puis elle avait l’habitude de reprendre un chant traditionnel dans chaque pays où elle se produisait. Elle me touche dans les deux formules en servant la tolérance et la paix à chaque opportunité.

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Qu’est-ce que vous aimez plus particulièrement chez elle ?

J’aime énormément sa manière de pouvoir offrir un certain type de vulnérabilité totale et la seconde d’après de devenir une lionne. C’est déroutant et séduisant. Chaque instant de sa vie était dédié à la musique, à des combats en musique, et même sa sortie s’est faite en musique. Elle est morte sur scène. Elle a fait une attaque juste après avoir fini le show, sur le côté, en coulisses, avec pudeur pour épargner cela au public. J’admire cette excellence !

Vous avez écrit et produit sous la direction de Lileanna Blain-Cruz, Dreaming Zenzile, une pièce théâtrale musicale basée sur la vie de Makeba qui commence ce soir-là, juste après sa sortie de scène et de vie…

À ce moment précis, mon dialogue spirituel avec elle est né et a pris forme par cette pièce. L’un de ses prénoms, Zenzile, signifie : « Tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même ! » Lorsque je mesure le parcours de cette femme et la façon dont elle a tiré activement sa révérence : mourir en vie. Ça fait sens.

Quand avez-vous commencé à chanter ?

J’ai toujours chanté. J’adorais ça. C’est à vingt ans que j’ai affiné ma voix sérieusement et essayé de présenter quelque chose de viable scéniquement. Nous avons beaucoup déménagé, des États Unis vers l’Afrique de l’Est. Je suis très reconnaissante à mes parents de m’avoir encouragée artistiquement au milieu de mes études et recherches anthropologiques et médicales. Être de ces deux pays m’a apporté beaucoup de paix. Et c’est grâce à la musique que je suis devenue adulte.

« J’ai rêvé de façon récurrente qu’elle contait sa vie encore et encore à mon père en lui faisant comprendre pourquoi je choisissais ce chemin »


Somi

Aujourd’hui, votre façon de chanter est-elle différente ?

Aujourd’hui j’ai beaucoup plus de liberté et de reconnaissance. Dans l’Illinois, certains professeurs n’étaient pas tendres et ça me terrifiait. Je me suis renfermée. J’avais développé une peur de la scène et j’étais devenue une voix conventionnelle et calme. Ça m’a tellement affectée que j’ai étudié la poésie et la musique à fond sans jamais partager cela. J’ai commencé à étudier le violoncelle pour me réfugier derrière l’instrument. C’était juste mon espace sécurisé.

Identifiez-vous ce qui, initialement, vous a poussé à chanter ?

En tant qu’enfant on arrive avec le chant dans le cœur si on est destiné à être chanteur ! Mais c’est aussi grâce à ma mère qui chantait tout le temps. Elle n’était pas professionnelle, mais elle était la gardienne des chants. Elle m’a baignée de sa voix et de sa joie. Mes parents étaient modernes et ouverts d’esprit. Ils m’ont souvent dit : « Pourquoi ne ferais-tu pas un cursus de musique en plus de l’anthropologie médicale ? Tu as tellement de musique dans le cœur ! » C’est assez rare comme proposition pour des enfants d’immigrés.

Comment vivez-vous cette tournée européenne ?

Ce que j’aime avec l’Europe, c’est la proximité avec le continent africain et les parentalités présentes, la famille du jazz. C’est familier. La transmission de l’expérience noire constitue les racines de ma musique et j’apprécie qu’en Europe le travail de « traduction » ne soit pas systématique. Aux États-Unis il y a presque toujours un exercice de « décodage » à faire par rapport à la construction de la négritude, c’est très figé.

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Quel genre d’hommage voulez-vous rendre à Miriam Makeba ?

J’ai rêvé de façon récurrente qu’elle contait sa vie encore et encore à mon père en lui faisant comprendre pourquoi je choisissais ce chemin. Elle a été mise sur liste noire après son mariage avec le militant des droits civils afro-américain Stokely Carmichael. Donc, au Poisson-Rouge à New York – fameux nouveau club érigé sur le lieu du légendaire club de jazz Village Gate – je suis parvenue à monter un orchestre sud-africain réunissant entre autres Paul Simon, Randy Weston, Harry Belafonte et les jeunes musiciens d’Afrique du Sud The Nubians. C’est la seule initiative en quinze ans. L’honorer est un temps fort de ma carrière. En 1985, Miriam Makeba a été décorée par la France du titre de Commandeur des Arts et Lettres et elle est devenue Citoyenne d’Honneur en 1990.

Quel moment préférez-vous dans votre spectacle ?

En tant qu’auteur, j’aime y apporter des textes propres pour comprendre l’influence de Miriam et le lignage qu’elle représente. Je ne pouvais évidemment pas chanter comme elle, alors il fallait réinventer, « ré-imaginer » – d’où le titre – des opportunités de croiser sa voix et la mienne.

Quelle reprise de l’emblématique « Pata Pata » ! Quelques discours de Miriam Makeba, votre voix et ses clics de langue Zouloue, et les trames d’instruments à cordes parmi des effets de vocoder…

« Pata Pata » est un moment particulièrement émouvant pour moi. Pour elle, c’était une chansonnette composée rapidement et bien moins importante que d’autres, mais elle devint ce titre au succès planétaire et plus tard l’emblème de la lutte contre l’apartheid. J’ai hésité à la faire figurer au répertoire, sachant que ça l’ennuyait qu’on lui en parle tout le temps. Mais c’est son plus grand hit ! Alors j’ai décidé d’en faire une version inédite, plus sombre et solennelle, dont elle aurait pu être fière.


ZENZILE, THE
REIMAGINATION
OF MIRIAM
MAKEBA,
SOMI
Salon Africana,
21 €

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