L’historien Edmond Dziembowski nous plonge dans les eaux bouillonnantes de la Révolution, et des mille théories du complot qui virent alors le jour pour tenter d’expliquer l’inexplicable. Francs- maçons, illuminés, Anglais, Allemands, juifs, Necker, Orléans : chacun vit derrière les événements la main de son choix – et en des sens contraires. S’il mouille quelques sans- culottes (Robespierre contre la secte philosophique, Desmoulins contre l’argent de Pitt), l’auteur se penche surtout sur les contre- révolutionnaires, et c’est logiquement Augustin Barruel qui essuie les coups, lui qui écrivit : « Dans cette Révolution française, tout jusqu’à ses forfaits les plus épouvantables, tout a été prévu, médité, combiné, résolu, statué. »
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Par un important travail d’archives, cette somme illustre les réflexions de Girardet sur l’imaginaire du complot, et dit beaucoup d’une société de l’opinion qui cherche à comprendre ses convulsions : pour embrigader, on pose une thèse puis on accumule (et fabrique) des preuves qui la valident (on tait le reste) en postulant que le point final était pensé et le déroulement orchestré. Voilà les dissimulateurs bien démasqués, à peu de frais et sans examen de conscience – l’on n’est pas sans penser à nos contemporains qui voient partout la signature de Klaus Schwab. La meilleure réponse, c’est Joseph de Maistre qui l’a donnée par sa critique réactionnaire de la volonté, montrant que l’homme, faible et ballotté, ne fait jamais ce qu’il veut : « Nous sommes tous plongés dans le courant et, dans les révolutions, il est plus rapide. »

Perrin, 368 p., 24 €





