Skip to content

Les dix ans du mariage homo : mercredi, folle journée !

Par

Publié le

8 juin 2023

Partage

Le 17 mai dernier, la mairie de Paris organisait une grande journée de débat et de fête pour célébrer les dix ans de la loi Taubira autorisant les paires homosexuelles à se marier. Ne reculant devant aucun danger, L’Incorrect a assisté à la table-ronde inaugurale. Compte-rendu.
Mairie$

L’ombrageux piéton de Paris se doutait bien que quelque chose se tramait dans les couloirs de l’Hôtel de Ville. Depuis quelques jours, de nombreuses affiches fleurissaient dans les rues de la capitale. Elles arboraient d’imposants « OUIII ! » arc-en-ciel, obliques et brossés par des pinceaux, sans autre information que le logo de la ville. En authentiques champions de la com’, les services municipaux dédiés à la propagande avaient décidé de se la jouer rétro en faisant un clin d’œil à l’année 1981 et à la célèbre « campagne aguicheuse » (selon le terme consacré) de l’affichiste Avenir « Demain j’enlève le bas ».

Lire aussi : Éditorial d’Arthur de Watrigant : Dix ans plus tôt

Quel message voulait donc nous faire passer la mairie avec cette signalétique subtile ? Comment ne pas trépigner devant ces mystérieux « OUIII ! » arc-en-ciel ? « À coup sûr “les-Parisiens-et-les-Parisiennes” chercheront à comprendre le message que la Mairie aura voulu leur transmettre ! Ce sera ludique, participatif et surtout… festif ! » a-t-on dû se dire aux abords de l’Esplanade de la Libération, lors de la conception de ces affiches.

Paris brûle-t-iel ?

Une semaine plus tard, la réponse à l’énigme était révélée. Ces affiches célébraient les dix ans du changement anthropologique majeur de ces deux mille dernières années : la loi Taubira du mariage pour tous – renommée pour plus d’inclusivité par les services de communication « mariage-pour- tous-et-toutes ». Ce sont, d’après les principes de la « publicité aguicheuse », de nouvelles affiches ornées d’un « Oui » multicolore différent (plus mou et coulant) qui nous invitaient à nous réjouir des unions homosexuelles de ces dix dernières années : « Mariage pour tous et toutes, déjà 10 ans d’amour ! », déjà dix ans que l’amour avait triomphé – n’en déplaise aux sinistres nervis de la Manif pour tous et autres grincheux rabougris de tous poils. De quoi clamer, sans craindre le ridicule : « Oui, Paris est fièr•e » C’est compris ?! Nous n’avons pas le souvenir que les dix ou vingt ans du PACS ou les deux cent trente ans du mariage civil aient été célébrés en aussi grandes pompes.

Mais cette campagne d’affichage n’était qu’un avant-goût « solidaire et citoyen » des réjouissances à venir. Une grande journée de débats allait nous être proposée, dans les salons de l’Hôtel de Ville, pour revenir sur les années de dure lutte qui précédèrent l’adoption de la loi ; les dix années d’amour et de combats qui venaient de s’écouler ; faire un « tour d’horizon international de l’avancée des droits LGBTQI+ et du mariage pour tous et toutes dans le monde » et voir Anne Hidalgo remettre le Prix international de Paris pour les droits LGBTQI+.


© Nicolas Pinet pour L’Incorrect

Et comme Paris ne serait pas Paris s’il ne permettait pas aux Parisiens-et-aux-Parisiennes de fêter ces dix ans de façon la plus folle, un grand « Bal de l’amour » clôturerait cette journée avec, nous disait-on, force « Djsets, buvettes, boule à facette, food-trucks et shows, pour une bonne ambiance assurée ! »

Pour un tel évènement, la date du 17 mai était toute trouvée. Nous l’ignorions jusque-là, mais le 17 mai est trois fois symbolique dans le saint calendrier républicano-LGBTQI+ et nous nous étonnons qu’il ne soit pas férié. Date d’inscription au Journal officiel de la loi Taubira sur le mariage pour tous, le 17 mai est aussi depuis 2005, la date de la « Journée mondiale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie », date renvoyant elle-même à celle de la suppression de l’homosexualité de la liste des maladies mentales publiée par l’OMS en 1990. Le 17 mai, c’est le jour où tous les médias de grand chemin et les entreprises s’habillent d’arc-en- ciel pour dénoncer en chœur ceux qui fantasment un lobby LGBT.

Rainbow connection

Ainsi, le mercredi 17 mai, nous étions attendus dès 9h30 dans la salle des fêtes d’un Hôtel de Ville qui s’était paré pour l’occasion (comme la Monnaie de Paris d’ailleurs, pour une raison qui nous échappe) des couleurs LGBTQI+ pour vivre cette journée de conférences. Accueillis par une pauvre « exposition » communale des Unes de journaux (de Libé à… La Nef!) annonçant l’adoption de la loi, nous pensions que l’évènement allait rameuter. Erreur. Tout juste une soixantaine de personnes peinant à remplir l’espace, quelques jeunes gays « branchés », des vétérans de la cause LGBT aux allures de vieux oncles et de vieilles tantes et quelques employés municipaux, trop heureux de la récréation que cette journée pourrait leur offrir.

Entre deux boules puantes lancées à Hollande et à Taubira, c’est l’éloge de la manif pour tous qui nous aura le plus étonnés

Avec une petite demi-heure de retard, l’ineffable Jean-Luc Roméro-Michel introduisait la journée avec un discours beau comme un poème de Philippe Muray dans lequel il évoquait pêle-mêle – entre deux remerciements à telle association ou à tel camarade pour leur « travail formidable sur le terrain » – les chiffres en hausse des « attaques anti-LGBT », l’espace que les gays devaient concéder (par galanterie?) aux lesbiennes, les combats gagnés, le fait qu’« hormis le sinistre Éric Zemmour, peu de gens voudraient revenir sur le mariage homosexuel », l’ouverture d’un centre pour migrants LGBT « La Bulle » au cœur de Paris géré par sept associations et ayant bénéficié de 600 000 euros de travaux, les combats à poursuivre pour faire que Paris soit « une ville inclusive, tolérante: une ville-refuge », soit la formation par les associations « Flag » et « OUT-Trans » des agents municipaux (dont les policiers) à l’accueil des « personnes trans », des animations de sensibilisation dans les collèges tout en s’étonnant que le RN via une association parlementaire trans-partisane veuille lutter contre « le poison du wokisme, l’écriture inclusive et propagande LGBT dans les écoles ».

Pacs Romana et vieilles lunes

Intitulée « Retour sur l’histoire de l’adoption de la loi française, son cheminement et ses luttes », cette première table ronde nous faisait craindre le pire, une réécriture de l’histoire sur un modèle bien connu depuis le bicentenaire de la Révolution française : obscurantisme des temps anciens, haine, intolérance rabique et violences des opposants au mariage pour tous, libération du genre humain du joug hétérosexuel par la loi Taubira, joie, félicité, prospérité…

S’il s’agissait malgré tout du sous-texte de cette table ronde, il faut reconnaître que ces deux heures auront été tout à fait éclairantes sur les origines du fameux « engagement 31 » du candidat Hollande et sur la sociologie de l’homosexualité hexagonale des quarante dernières années. Les socialistes Patrick Bloche et Dominique Bertinotti, promoteurs zélés de la cause gay, ont chacun leur tour rappelé comment l’irruption du sida a favorisé la constitution d’un communautarisme homo dans un univers que l’on aurait pu qualifier auparavant d’« individualiste-hédoniste » et comment ce « front du sida » a été un formidable « accélérateur de la reconnaissance des couples homosexuels ». En 1999, pour monsieur Bloche, le pacte civil de solidarité (PACS) aura été un « combat pour la visibilité » des homosexuels et pour madame Bertinotti la première pierre de ce qui serait le mariage pour tous puisqu’il « redéfinissait la notion de couple et lui offrait un troisième type de “reconnaissance républicaine” (après le mariage et le concubinage) », car comme chacun le sait « la reconnaissance républicaine, c’est la paix dans les familles ».

Lire aussi : La Manif Pour Tous : « Les catégories modestes sont sensibles au bon sens que nous portons »

Entre deux boules puantes lancées à Hollande, à Taubira, à l’appareil du Parti et à Sylvianne Agazinski, c’est l’éloge de la Manif pour tous qui nous aura le plus étonnés. Pour l’ancienne ministre de la Famille et maire du 4e arrondissement, véritable mère-porteuse du projet de loi : « Les gens de la Manif pour tous ont eu l’intelligence de décentrer le débat du mariage pour tous vers l’adoption et l’homoparentalité. Ils ont fait les débats et on l’a sous-estimé. Nous avons fait trop tarder les choses, ce qui leur a laissé le temps de s’organiser. » Ce qui aura pour conséquence l’abandon de la PMA pour toutes (finalement votée en août 2021). « Un manque de courage politique » qui laisse encore un arrière-goût amer à monsieur Roméro-Michel, d’autant que d’après lui, « si la GPA et la PMA avaient été votées en même temps que le mariage, comme c’était prévu dans le projet de loi initial, il n’y aurait pas eu plus de monde dans les rues ».

Nous passons sur l’intervention de Vincent Autin, « militant et premier marié de la loi de 2013 » (ce qui relègue son mari en la deuxième position… pas très égalitaire tout ça !) dont le projet se résumerait à « Déverser de l’amour contre les torrents de haine », pour évoquer la prise de parole de haut niveau d’Alice Coffin, virago hyperactive de la cause lesbienne et conseillère de Paris.

Les malheurs de Sapho

Le micro en main, un débit de parole défiant toute concurrence et un ton guerrier ne souffrant aucune réplique, Alice Coffin remet tout le monde à sa place, Roméro-Michel et les « gays » en premier lieu. En substance : « Si les LGBT ne se sont pas engagés contre la Manif pour tous, ce n’est pas tant à cause des propos violents que LMPT aurait pu proférer dans les rassemblements retransmis sur les chaînes d’info en continu – alors en plein essor –, mais à cause de l’accaparement du mouvement LGBT par les “gays” et les “cis” qui ont invisibilisé les lesbiennes – qui étaient les plus actives. » Avec le retrait de la PMA du paquet législatif initial, ce sont des milliers de lesbiennes qui n’ont pas pu avoir d’enfant, déplore Alice Coffin.

Alors journaliste au sein de la rédaction de 20 minutes, Coffin rappelle qu’elle a très bien vu le danger que faisait courir LMPT et rend hommage à leur communication « de génie ». C’est d’ailleurs à ce moment qu’elle lancera l’Association des journalistes LGBT, organe permettant d’apporter des éléments de langage ou des « kits de bonnes pratiques » pour des confrères finalement assez ignorants de « la réalité LGBT ». Une œuvre de salubrité publique à mi-chemin entre l’influence et la rééducation. Et de rappeler à la réalité ceux qui penseraient que le combat serait gagné avec l’adoption de la loi Taubira en concluant que la création de CNews et l’essor de nouvelles figures médiatiques conservatrices étaient les fruits du mouvement anti-mariage pour tous. Lucide. Une intervention qui lui vaudra des applaudissements nourris, faisant passer tous les intervenants précédents pour des tièdes et sapant toute intervention postérieure.

Le message est passé : le mariage pour tous n’était pas la fin du monde, mais la fin d’un monde – le nôtre. À nous conservateurs de travailler pour le rétablir

La sociologue Irène Théry à qui incombait la tâche de conclure, l’ayant bien compris, expédiera sa prise de parole, non sans rappeler qu’une des raisons législatives ayant permis le mariage pour tous et les privilèges qui en découlent avait cinquante ans « avec la loi de 1972 la filiation était détachée du mariage. Supprimant la “présomption de paternité” qui était au cœur du mariage depuis 1792 » et en essayant de faire passer l’idée que « lorsqu’une minorité se bat pour une égalité, elle révèle un impensé du modèle majoritaire. Les vociférations de LMPT disaient “On ne ment pas aux enfants”, mais les couples de lesbiennes ne mentent pas aux enfants. Leurs enfants savent qu’ils ne sont pas nés de l’union charnelle des deux mères. En revanche, c’est chez les couples hétéros que le mensonge de la filiation des enfants nés de PMA est présent. » Et c’est ce mensonge que le modèle majoritaire, représenté par LMPT, cherchait à garder secret en interdisant l’accès à la PMA pour toutes.

Le message est passé : le mariage pour tous n’était pas la fin du monde, mais la fin d’un monde – le nôtre. À nous conservateurs de travailler pour le rétablir.

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest