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Décadanse : danse macabre pour les boomers

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Publié le

14 juin 2023

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Après « La Fin d’un monde » dans lequel il exposait la transformation de l’homo religiosus en homo economicus à cause du progrès. Patrick Buisson poursuit, avec le talent qu’on lui connaît, sa chasse à la modernité folle dans « Décadanse », théorisant à présent la notion d’homo eroticus.
Buisson

« Tourne-toi / Non / Contre moi / Non, pas comme ça / Et danse / La décadanse ». L’intellectuel tire le titre de son nouvel essai de la chanson de Serge Gainsbourg, La Décandanse. En 1971, notre ami Gainsbarre prenait effectivement déjà la mesure de cette grande rupture anthropologique que traversait son époque.

Cette rupture n’est autre que la grande libération sexuelle opérée par les jouisseurs de mai 68. Une libération qui se veut être une nouvelle promesse de bonheur. Rien que ça. Finalement, cette génération est celle qui élève le jouisseur en héros, qui établit la société de consommation et de divertissement, le règne des marchandises et du sexe. Méfiant et dénonciateur, l’écrivain s’écrie « Libération… piège à con ! » en publiant Décadanse.

Si l’essayiste tire les conséquences de la mentalité « après nous le déluge », il ne construit pas toutefois son arche de Noé qui permettrait de libérer la société de ce joug

En effet, l’ensemble de phénomènes susnommés, créateurs des maux contemporains et du mal- être ambiant qui contamine notre société, Patrick Buisson l’analyse et le décortique avec brio en s’appuyant habilement sur des références aussi différentes et pertinentes les unes que les autres. De la naissance de la publicité à l’arrivée de la pilule contraceptive en passant par l’émancipation des femmes, l’abandon de la morale chrétienne ou encore le culte de l’hédonisme. Rien n’échappe à l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy qui, par sa plume acerbe, accuse une époque déconstruite et déconstructrice.

Concentrons-nous, par exemple, sur l’analyse que l’auteur fait de l’émancipation de la femme. Il refuse de parler de libération, et y voit plutôt la victoire de la phallocratie. Selon lui, le rôle que jouait la femme – celui de « reine de la famille » – lui a été supprimé. Buisson en explique les raisons : abandon du mariage, abandon de la charge sentimentale de ses partenaires, dissension de la sexualité de la reproduction, etc. En clair, à ses yeux, c’est le patriarcat qui défendait la femme. La pilule en décida autrement. En 2023, défendre une telle idée relève pourtant du suicide. Honnêteté intellectuelle oblige, le réac revendiqué n’a que faire de la mort sociale, et c’est tout à son honneur.

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Celui qui a été guidé par Raoul Girardet et Philippe Ariès sur les chemins de l’histoire des mentalités a pourtant conscience d’appartenir à cette génération?: « Je suis un boomer. J’appartiens à la race maudite. Celle des enfants gâtés des trente glorieuses. Celle des profiteurs de paix et de prospérité. Celle du nihilisme encensé et de la transcendance congédiée. Celle du trop-plein de marchandises et du vide spirituel. Celle qui a détruit la beauté en toute connaissance de cause c’est-à-dire comme la condition même d’une vie intérieure. »

Si l’essayiste tire les conséquences de la mentalité « après nous le déluge », il ne construit pas toutefois son arche de Noé qui permettrait de libérer la société de ce joug. Un travail intellectuel réaliste et intéressant donc, mais peu encourageant. En supposant que le plus noir nuage a toujours sa frange d’or, l’espérance est l’une des grandes absentes du cumulus Buisson.


DÉCADANSE, Patrick BUISSON
Albin Michel, 528 p., 24,90€

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