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Bruno le Maire : dilaté comme jamais

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Publié le

13 juin 2023

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Parce que la pop culture, malgré ses joyaux, est avant tout une sous-culture de masse, il ne faudrait pas oublier de prendre du recul et de la gifler tous les mois. L’Incorrect tenant à votre hygiène mentale, voici l’antipop du mois : Bruno Le Maire dilaté comme jamais.
Bruno Le Maire

Lire Bruno c’est se perdre dans  une expérience à mi-chemin entre Kafka et une file d’attente à la poste. Explications : Oskar – psychiatre qui s’envisage nihiliste mais qui parvient difficilement à atteindre l’acidité d’un citron – nous narre le pitoyable destin de son frère Franz, pianiste émérite qui, à la suite d’une rencontre avec le célèbre Horowicz, prend soudain conscience de sa médiocrité et abandonne le piano pour embrasser (sans davantage de succès) une carrière d’agent immobilier. Voilà pour le pitch de ce roman qui ambitionne de concurrencer les Buddenbrook ou les Frères Ashkenazi. Parce que Bruno rêverait d’une œuvre totale qui brasserait tout à la fois la révolution cubaine, les ténèbres soviétiques, le danger nazi et les dérives du Grand Capital dans ce qui serait une grande dénonciation des tares du XXe siècle. Mais n’est Thomas Mann ou Joshua Singer qui veut !

Un roman de frotteur

L’ouvrage ne parvient jamais à convaincre pleinement et le lecteur confondu se trouve comme étouffé  sous ce qui s’apparente franchement à du fan service historique (que viennent faire là Poutine, Kennedy et les avions du World Trade Center ?) Plus grave peut-être, à aucun moment le portrait du maestro n’est véritablement esquissé. C’est censé être un roman vaguement biographique et l’on devine tout au mieux qu’une libidineuse silhouette à l’affût de jeunes hommes bruns dans ce qui est un pastiche dégraissé du Cuba de Pedro Juan Guttiérez. Mais attention, réduire la prose lemairienne au « renflement brun » serait une hâtive maladresse puisque nombreux sont les passages à proposer des incursions dans une sexualité qui est, au mieux de pure convention, au pire franchement douteuse. Les femmes sont les grandes oubliées de ce livre : il existe bien des corps désirés et désirables mais ils sont tous mâles…

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Poilus de préférence et aux tétons apparents, Bruno se complait à décrire des « mamelles de brebis tapissées de poils gris ». Amateurs d’érotisme véritable ou de franche pornographie, passez votre chemin ! On reste ici sur une sexualité digne d’un frotteur du métro. L’amour et le désir se résument aux « aisselles humides » et aux sexes forcément tendus sous des pantalons forcément moulants. L’amour tient ici en deux phrases : « quand est-ce que tu m’encules ? » et « nous jouîmes ensemble si fort que nous dûmes nous assoir dans la boue ». Tout un programme ! Avec parfois une étonnante incursion dans la perversité à l’image de ce curé sorti de nulle part le temps de « promener le dos doucement velu de sa main sur la raie des fesses » d’enfants qu’il entraine dans sa cave afin de leur faire sentir l’ « odeur de fromage fondu de son cou » (sic).

Un contingent limité d’idées fixes

Sachez d’ailleurs que lorsque notre écrivain-ministre trouve une image qui lui plaît, il ne saurait se contenter de la mentionner qu’une seule fois, mais la parsème avec la délicatesse d’un tractopelle sur l’ensemble de l’ouvrage. Et tant pis si le lecteur a le sentiment d’être un oiseau piégé dans la glu. Il lui faut subir et se plonger, page après page, dans ce roman du Rien qui ressasse un contingent limité d’idées fixes. Par ailleurs, le style – strictement impersonnel – est dans la droite lignée des écritures administratives. À force de ressembler à tout et à tout le monde, il ne ressemble plus à rien. À l’exception peut-être des soixante dernières pages qui infuseraient presque un début de véritable émotion mais qui ne sauraient, hélas, faire oublier les quatre cents précédents feuillets. S’il n’y avait que l’anus de l’héroïne qui était dilaté, mais il y a aussi, hélas, le style de Bruno.

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