Dans La Nuit au musée (2006), un gardien se rend compte que les statues s’animent quand le musée ferme. Mais ces statues se comportent très humainement, adoptant les manières de ceux qu’elles représentent. Chabouté, dans Musée, imagine aussi que tableaux et statues s’animent, mais il leur épargne, avec génie, de singer les humains. Elles déambulent dans le musée sans rien comprendre aux mystères des vasques blanches dans les toilettes, elles regardent par-derrière la grande horloge et s’interrogent : que signifient ces lumières rouges et vertes ? Elles se racontent leurs impressions du jour, face aux visiteurs et aux curieux, et le myrmidon de Gérôme avoue à une beauté de marbre qu’il ne peut enlever son masque car il a été sculpté sans visage.
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On visite ainsi, lentement, au fil des jours et des nuits, un musée empli de visages contemplatifs, visiteurs pressés de faire Orsay avant de faire le Louvre ou pédant discourant sur l’art – ou encore cette petite voix qui décrit ce qu’elle voit de manière juste et enfantine. Chabouté, dans un noir et blanc précis, dosé, vif et minutieux, explore l’ancienne gare, montre la nef, s’arrête sur ces visages immobiles auxquels il prête une vie nocturne fantastique et amoindrie. Son regard habite et fait vivre le musée plus sûrement que les cartels des œuvres, on imagine qu’il a rêvé longuement devant le flux des visiteurs, laissant les objets inanimés lui révéler leurs pensées de pierre, de bronze et de glaise, en même temps que les humains lui paraissaient devenir eux-mêmes des œuvres à contempler. Il livre encore un album à l’émotion intense et contenue, à la poésie simple et délicate, dans lequel s’immerger avec la même lenteur et la même attention.

Vents d’Ouest/Musée d’Orsay, 192 p., 23 €





