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Moyen Âge : les femmes ne font pas tapisserie

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Publié le

14 novembre 2023

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Longtemps titulaire de la chaire d’histoire médiévale de l’Université Panthéon- Sorbonne dont elle est désormais professeure émérite, Claude Gauvard est l’une des plus grandes médiévistes françaises, et vient de publier Passionnément Moyen-Âge – Plaidoyer pour le petit peuple.
femmes

Au Moyen Âge, dans quelle mesure la place et l’instruction des femmes différaient-elles selon les milieux sociaux ?

De façon générale, les femmes sont moins instruites que les hommes même si, pour les gens du peuple, existent de petites écoles où les filles sont admises. C’était le cas en Champagne par exemple. En revanche, Jeanne d’Arc dit à ses juges qu’elle ne distingue pas le A du B. Il n’y a effectivement pas d’école de village à Domrémy. Les filles de la bourgeoisie urbaine peuvent bénéficier de ces écoles, mais leur degré d’instruction est mal connu. Certaines épouses d’artisans ou artisans elles-mêmes comme les spécialistes de l’art de la soie à Paris tiennent leur boutique, donc assurent un minimum de comptabilité.

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D’autres sont employées par les libraires pour copier les manuscrits destinés aux cours nobiliaires. Néanmoins, le cas de Christine de Pizan, fille de l’astrologue du roi Charles V et auteure de nombreux poèmes et surtout de traités politiques austères rédigés en langue vernaculaire, est tout à fait exceptionnel. Seules les femmes de la noblesse ont une instruction qu’elles revendiquent en favorisant les poètes et en pratiquant le mécénat.

Malgré la loi salique, les femmes jouaient-elles un rôle politique ?

Qu’il s’agisse de la transmission royale ou de celle des biens et des titres nobiliaires, l’héritage est d’abord dévolu aux héritiers de sexe masculin par ordre de primogéniture. En ce qui concerne la royauté, ce principe n’empêche pas les femmes d’intervenir de plusieurs façons dans la vie politique. Elles peuvent être nommées régentes comme ce fut le cas pour Blanche de Castille à la mort de Louis VIII en 1226 jusqu’à la majorité de saint Louis en 1235, puis en 1247 quand le roi décide de se croiser. Les femmes peuvent également peser sur les décisions royales. Elles disposent d’un hôtel personnel qu’elles peuplent d’hommes influents qui peuvent participer au conseil du roi ; elles préparent les mariages princiers et ceux de la haute noblesse qui constituent de véritables alliances diplomatiques ; enfin, elles interviennent pour favoriser la paix entre les parties en guerre. Ainsi, le 4 mars 1354, Charles V accepte de pardonner à Charles de Navarre le meurtre de son connétable après avoir entendu les cris et pleurs des deux reines douairières Blanche de Navarre et Jeanne d’Évreux, ainsi que de son épouse Jeanne de Bourbon.

Les rapports hommes-femmes étaient-ils violents ? La protection physique des femmes était-elle une préoccupation sociale ?

Lors du sacre, le roi promet de protéger les veuves et les orphelins. Les femmes mariées sont sous la protection de leur époux, de leur père, voire de leurs frères qui sont chargés de rétablir leur honneur s’il a été attaqué. L’adversaire peut être tué pour restituer le « beau renom » de la femme et celui de la lignée. Peu de femmes sont victimes d’homicides. Mais il est très difficile de connaître la proportion de viols car ils sont rarement déclarés en justice sous peine de voir la renommée de la victime définitivement flétrie. On procède plutôt à un accord à l’amiable, avec dédommagement financier ou mariage forcé. Quant aux violences conjugales, elles semblent fréquentes car les femmes ont souvent peur d’être battues, mais la mortalité qui en résulte fait partie des chiffres noirs de la criminalité médiévale.

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Le droit de cuissage a-t-il existé ? Si oui, sous quelles formes ? Si non, d’où vient cette légende ?

Le droit de cuissage – celui du seigneur de déflorer la future mariée de ses dépendants la veille des noces – fait partie des légendes qui donnent au Moyen Âge son aspect barbare. C’est une invention du XIXe siècle qui charge la noblesse honnie par la Révolution d’un acte sexuel absolu puisqu’il porte sur la virginité des jeunes filles.

Comment le mariage d’amour promu par l’Église et l’essor de la littérature courtoise ont-ils modifié la condition féminine ?

Le concile de Latran IV en 1215 oblige au consentement des conjoints et à la publication des bans à l’église paroissiale. Est-ce pour autant favoriser le mariage d’amour ? C’est en principe une garantie contre les mariages forcés et le pouvoir paternel. Mais le poids familial reste fort, particulièrement dans les milieux sociaux fortunés, y compris chez les paysans. L’amour courtois n’a guère pénétré dans la société et de toute façon, il ne chante pas l’amour conjugal, mais l’amour hors mariage. De ce point de vue, la société a effectivement évolué en pratiquant plutôt le pardon que la mort pour la femme adultère.

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