Rien de pesant, ni de professoral, d’ennuyeux ou de lourdement didactique; rien d’étroitement militant ou de seulement superficiel, Éducation minimum possède la forme du fond qu’il prétend exalter : c’est léger et profond, ironique et pertinent, varié et cohérent, désinvolte et combatif – bref, français, au sens exemplaire du terme. De Bardot à Bloy, de Céline à Fanny (Ardant), du catholicisme à l’élégance, d’Evola à Spengler, Jean-Pax et Raspail, la messe qui doit rester en latin et le surpoids rare, l’éloge de La Grande Bellezza et de James Bond, pourquoi les bonnes manières sont punks et la Résistance historiquement de droite : tous ces thèmes sont traités par Florac avec brio, dans un style alerte et racé, alternant des traits cinglants, des méditations-éclairs, des envolées lyriques, des démolitions en règle et des conclusions folles de panache. Le tout est illustré par les dessins de Saint Céran aux lignes élégantes et aux mises en scène frappantes ou cocasses, lesquels ajoutent encore à la légèreté chic qui caractérise le recueil.
Hiérarchies et caractère
Ce mélange de thèmes fait fi des hiérarchies actuelles, puisqu’on trouve des réflexions sur des sujets qu’on pourrait considérer comme sérieux ou non, universitaires ou dérisoires, et pourtant ce mélange n’a rien à voir avec le relativisme, au contraire, puisque la distinction, la forme, la hauteur sont toujours défendues, dans ces pages, contre le relâchement général et la complaisance progressiste. C’est que justement, il n’y a pas de petits sujets lorsqu’on entend la culture au sens large, non pas comme un pack élitiste, comme un argument bourgeois, mais comme un caractère raffiné par les siècles, une manière de se présenter au monde, de vivre et de mourir avec une certaine tenue et par un style davantage forgé par les siècles que par une classe particulière. Éducation minimum est un manuel poussant son lecteur à retrouver un certain nombre de réflexes moraux et esthétiques, quelques notions historiques véritables, et un idéal millénaire comme des habitudes existentielles plus intéressantes que celles proposées par le dressage de masse post-national qui sévit aujourd’hui. À ce beau viatique aussi drôle et fin que nécessaire, on ne peut souhaiter qu’un rayonnement maximum.

ÉDUCATION MINIMUM, ARNAUD FLORAC et ROMÉE DE SAINT-CÉRAN, Magnus, 256 p., 21 €





