Quel traitement ont subi les Arméniens de l’Artsakh suite à la conquête de ce territoire par l’Azerbaïdjan?
Il s’agit d’un véritable nettoyage ethnique. Du 24 au 29 septembre, les Azéris ont vidé l’Artsakh de toute présence arménienne. On parle de 120 000 personnes. Ces Arméniens sont partis d’eux-mêmes, mais parce qu’ils savaient ce qui les attendait. Quand en septembre, les Azéris sont entrés dans ce qui reste de l’Artsakh, ils avaient déjà mis en place un blocus militaire depuis neuf mois, qui a privé les habitants de la région du nécessaire vital. Au moment de leur entrée, les Azéris ont semé la terreur, en empêchant par exemple les habitants de sortir de chez eux, même pour aller chercher leurs enfants à l’école ! Le ton était donné. Et puis les atrocités de 2020, où les Azerbaïdjanais avaient démembré des soldats arméniens et décapité des civils, étaient présentes dans toutes les têtes.
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Depuis 2020, les Azerbaïdjanais ont mené une politique très agressive. Bakou a annexé illégalement des centaines de kilomètres carrés de territoire arménien, dans les régions de Vardenis et Djermouk. Depuis leurs postes de contrôle à la frontière, ils ont mené une intimidation quasi-quotidienne en mitraillant les habitants ou les usines d’en face. Il est en effet ensuite bien plus facile de s’emparer d’un territoire vide. Cette politique de la terreur explique la crainte des habitants de l’Artsakh au moment de l’arrivée des Azéris.
Comment les réfugiés de l’Artsakh ont-ils été accueillis en Arménie ?
La population arménienne est divisée. Beaucoup d’Arméniens sont sensibles à la question de l’Artsakh, car ils considèrent cette région comme une extension de leur pays. Mais beaucoup ont aussi souffert de la guerre de 2020, beaucoup de familles sont endeuillées. Il y a eu pour certains une forme de soulagement quand leur pays n’est pas intervenu en septembre, même si d’autres ont été révoltés. Ces derniers considèrent que leurs enfants sont morts pour rien puisqu’on livre aujourd’hui la région pour laquelle ils se sont battus. Les réfugiés ont donc été accueillis, mais parfois avec un certain agacement. Tous ont cependant été logés, chez des amis, grâce à des bons samaritains, comme des propriétaires d’hôtels, ou dans des logements mis à disposition par le gouvernement.
Le prochain objectif de l’Azerbaïdjan semble être de s’adjoindre son enclave du Nakhitchevan, dont il est séparé par une mince bande de territoire arménien, le Syunik. Les Arméniens craignent-ils aujourd’hui une invasion ?
Oui, les Arméniens se sentent menacés. Pour eux, il est évident que les Azerbaïdjanais vont s’emparer de la région du Syunik. Ils ont même été surpris que ces derniers n’enchaînent pas directement sur cette étape après la prise de l’Artsakh. Peut-être les Azéris attendent-ils simplement que l’hiver passe, car ils attaquent rarement pendant cette saison. D’ailleurs dans les discours officiels du gouvernement azerbaïdjanais et sur les cartes de ce pays, il est déjà fait mention du Syunik comme de l’Azerbaïdjan occidental. De plus, l’Azerbaïdjan revendique des territoires à l’intérieur des frontières arméniennes. Il s’agit de huit villages arméniens, situés dans les régions de Tavouch et d’Ararat. Ces localités contestées font l’objet de menaces de la part de Bakou qui n’hésitera pas à procéder à une nouvelle intervention militaire, cette fois-ci sur le territoire souverain de l’Arménie.
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Les Arméniens ont-ils l’impression d’avoir été abandonnés par le monde entier ?
Ce sentiment existe, mais les Arméniens sont aussi lucides sur leur situation. Ils comprennent qu’ils ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes. Là où, suite à sa défaite de 1994, l’Azerbaïdjan a créé des alliances, renforcé son économie et sa natalité, les Arméniens ne se sont reposés que sur les Russes. Quand l’Azerbaïdjan nouait des partenariats d’armement avec Israël, l’Arménie restait sur le modèle soviétique, avec des vieux tanks et des kalashnikovs ! Les Arméniens n’ont pas fait le nécessaire. Ils n’ont même pas reconnu officiellement l’Artsakh. Avant l’attaque de septembre, le gouvernement arménien a déclaré qu’il ne se battrait pas pour l’Artsakh, et que ce territoire appartenait à l’Azerbaïdjan. Le lendemain, Bakou envoyait ses troupes ! Quand des délégations parlementaires françaises ou européennes viennent en Arménie, ils ne peuvent pas être plus royalistes que le roi et défendre un pays qui ne le fait pas lui-même. Aujourd’hui, les seuls qui pourraient peut-être aider les Arméniens sont les Iraniens, qui n’ont aucun intérêt à voir, à leur frontière nord, l’Arménie être remplacée par un espace panturc triomphant.





