Peu le savent, mais le XXIe siècle eu son Affaire Dreyfus, qui forgea les destinées pour cinquante ans. Elle s’appelle cette fois mariage homosexuel, c’est-à-dire Manif pour tous, et c’est là que Thibaut Monnier commence, en 2013, à 26 ans. Diplômé depuis peu d’un master de relations internationales, le jeune homme y fait les deux rencontres décisives de son existence : celle de son épouse et de Marion Maréchal. La première lui donne trois beaux enfants; la deuxième une excellente excuse pour ne pas s’en occuper, la politique.
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Cette passion taraudait depuis longtemps le jeune homme, passé vers onze ans « du journal de Mickey à des journaux beaucoup plus sérieux». Avec Marion, Thibaut passe à l’acte, pas à moitié. Il s’engage au FN, dont le pro- cessus de dédiabolisation est alors nettement moins avancé qu’aujourd’hui. Il est rapidement élu au poste de conseiller régional d’Auvergne-Rhône-Alpes, en 2015, où il côtoie ce que la politique a créé d’à peu près pire, les apparatchiks de la Wauquiérie, « la droite qui trahit sans cesse ses électeurs ». D’autant plus résolu à changer les choses, Monnier persiste et se présente aux législatives dans l’Isère en 2017. Comme sa candidate aux présidentielles, il atteint le deuxième tour mais est battu.
Juin 2017, un soleil amer tombe sur la France. Alors Thibaut prend la route vers ailleurs, vers Saint-Jacques. Lors du pèlerinage, il a la révélation de l’insuffisance des urnes. Il faut agir autrement, il faut changer les esprits. Créer une élite à la tête solide et bien remplie, dévouée à la France. Pour ça, fonder une école. Ça tombe bien, son amie Marion fait un raisonnement similaire de son côté. Vite, ils se disent, et les deux projets fusionnent. En juin 2018, un an après la saison des défaites, l’Issep est lancé à Lyon.
Cette école, c’est le grand-œuvre de ce type énergique, au verbe efficace ponctué de rires spontanés, communicatifs. Elle lui permet d’équilibrer sa personnalité, tiraillée entre les passions de la politique et de l’entrepreneuriat. Car à côté d’elle, le jeune père de famille a monté une boîte de communication et investit dans l’immobilier. À la fois une manière de se rendre libre, de garder « les deux pieds ancrés dans le monde réel » contrairement aux professionnels de la politique, et parce qu’il aime l’esprit de conquête, « un peu primitif » – il rit – inhérent à la vie économique. Alors son école, il assume la gérer comme une entreprise, sans pudeur sur la volonté de s’étendre, ni sur celle de trouver des débouchés pratiques à ses étudiants. Sur ces deux points, le succès est plutôt au rendez-vous.
Dès 2019, l’Issep ouvrait une antenne à Madrid. Aujourd’hui, l’école est aussi associée au MCC, celle de Viktor Orban. Bientôt, Thibaut Monnier espère l’ouverture d’une antenne en Suisse, axée sur la géopolitique, et une implantation de l’autre côté des Alpes, pourquoi pas de l’Atlantique… Niveau débouchés, le taux d’employabilité des étudiants est de 93 %, pour un tiers dans des cabinets politiques, un tiers dans les médias et un autre dans le monde de l’entreprise. Le directeur de l’école énumère ces succès avec une voix de père de famille, où la fierté est tempérée par la volonté de faire mieux bientôt.
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Oui, l’Issep, pour celui qui la dirige seul depuis le retour de Marion à la vie politique en 2021, c’est quand même plus qu’une entreprise ou même qu’une école. Pour cet ancien officier de réserve pendant plusieurs années au 13e régiment du génie, on devine qu’il y a quelque chose de sacré dans le fait de mener des hommes. Le sens d’une mission, qui pointe dans les comparaisons répétées que Monnier établit entre son école et Sciences Po, dont il connaît par cœur les travers comme l’histoire. Pour lui, face au naufrage wokiste de l’ancien phare, son établissement doit reprendre le flambeau de l’intelligence politique à la française. Et faire briller cette intelligence dans toute l’Europe, en créant un réseau d’école concurrent de celui qui maille actuellement le continent. Une fois ce vaste programme accompli, Thibaut Monnier pourra dire qu’il aura servi efficacement son pays, comme il y aspire depuis tout jeune. En attendant, il nous laisse, il saute du taxi d’où il nous parlait vers un train. On suppose que L’Homme pressé figure en bonne place sur le programme de lecture des étudiants de l’Issep.





