Quand on naît les deux pieds dans la glaise de l’histoire, ça a tendance à laisser des traces. Arnaud Benedetti en sait quelque chose, lui qui est éclaboussé de France jusqu’au cou, avec son grand-oncle préfet sous l’Occup’, résistant et déporté, duo gagnant, son père maire, dans le Sud-ouest, sa famille de pieds-noirs expulsée d’Algérie à l’indépendance, on en passe. Avec un bagage pareil, « la politique était un sujet de conversation à la table familiale », tu m’étonnes. Alors où atterrit le jeune à Arnaud quand il monte à Paris pour ses études ? Sciences Po, étrangement.
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Mais ne caricaturons pas. Arnaud Benedetti n’est pas un homme d’un seul tenant, et ce sont justement ses tournures d’esprit variées qui lui permettent de porter une voix remarquée dans l’espace public. Car après un passage comme assistant parlementaire pour des députés centristes dans les années 1990, c’est vers la communication qu’il se dirige. Avec très vite du succès. C’est ainsi qu’il devient directeur de la communication du Centre national d’études spatiales au début des années 2000, puis rien de moins que du CNRS en 2006, avant d’assumer toujours la même fonction à l’Inserm à partir de 2009. Avec une telle expérience, Paris IV lui propose l’année suivante de devenir professeur associé d’histoire de la communication, poste qu’il occupe encore, avec un plaisir certain. Voilà la spécificité du parcours de Benedetti, jongler entre les disciplines et aussi entre les approches, à la fois pratiques et théoriques.
Car après un passage comme assistant parlementaire pour des députés centristes dans les années 1990, c’est vers la communication qu’il se dirige. Avec très vite du succès.
On n’apprendra rien à personne, multiplier les perspectives sur une situation permet de mieux la saisir. À la croisée de la politique et de la communication, sans oublier l’histoire, notamment celle de la technique, Arnaud Benedetti publie dans les années 2010 un certain nombre d’ouvrages qui font date par leur intelligence de la res publica nationale. La fin de la com’ en 2017, Le coup de com’ permanent sur la pratique politique du président l’année suivante, puis Le progrès est-il dangereux : à force d’écrire de bons livres, Benedetti finit par se faire remarquer. Il passe de plus en plus souvent dans les médias pour éclairer la vie politique. Jeu dangereux : on n’est jamais à l’abri de lâcher deux ou trois choses spirituelles, et après, qui sait jusqu’où ça mène? Pourquoi pas devenir rédacteur en chef d’un des plus illustres titres de la presse francophone? Eh bien oui, voilà ce qui tombe sur les bras d’Arnaud quand, en 2019, les actionnaires de la prestigieuse Revue politique et parlementaire fondée en 1894 entre autres par Waldeck-Rousseau, président du conseil dreyfusard au plus fort de l’Affaire, cherchent une nouvelle tête pour la redynamiser.
La fin de la com’ en 2017, Le coup de com’ permanent sur la pratique politique du président l’année suivante, puis Le progrès est-il dangereux : à force d’écrire de bons livres, Benedetti finit par se faire remarquer.
Benedetti s’attelle à la tâche avec sa méthode habituelle, rassemblant une équipe diverse, qui comporte aussi bien des journalistes comme Alexandre Devecchio, des historiens comme son pote Olivier Dard qu’il côtoie à la Sorbonne, des écrivains comme Boualem Sansal, des sondeurs avec Jérôme Sainte-Marie. Et pourquoi pas une physicienne, puisque c’est la profession de la directrice du comité scientifique de la revue, Catherine Bréchignac. « Ne pas s’enfermer dans un entre-soi, comme trop de lieux aujourd’hui », voilà l’objectif que le rédacteur en chef s’était donné. Mission accomplie.
Rangez néanmoins le champagne, car Arnaud Benedetti n’a pas tellement le cœur à se réjouir quand il analyse l’état du pays, enferré dans une crise profonde, où des élites démissionnaires ont laissé triompher capitalisme mondialisé et communautarisme. Notre homme, adepte du temps long, pense avec Ellul le lent déclin du politique face à la technique, un drame dans notre pays où, il le rappelle, « l’État a précédé la nation ». Oui, Arnaud Benedetti appartient à une catégorie d’intellectuels en voie de disparition qui connaissent leur France sur le bout des doigts, pour qui l’univers ne naît pas en 1789 et qui ont même le toupet de semer leur discussion de références ésotériques, comme celles à ces fantasques Philippe Auguste ou le Bel, malgré tout de chics types qui ont sûrement mérité une invitation à la garden-party de l’Élysée.
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La République de Benedetti a grandi dans les lys, puisque c’est celle de Jean Bodin, synonyme d’unité, d’assimilation, de souveraineté nationale. Cette volonté de réconciliation de l’Ancien Régime et de la Révolution lui fait sans surprise choisir Napoléon comme figure tutélaire de l’histoire de France. En même temps, il s’appelle Benedetti, et peut-être le moment est-il venu de glisser un mot de ses origines insulaires. Quand on vous dit que la glaise où on naît laisse des traces…





