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Héritier déchu, grouillot, commis, il deviendra l’épicier d’Amélie Poulain par la grâce de quelques grammes de trop : du théâtre au cinéma, itinéraire d’un comédien polymorphe.
Il s’offre au cinéma et au théâtre depuis plus de trente ans, a joué avec les plus grands et pourtant son nom ne vous dit sans doute rien. Mais son visage a fait le tour du monde et chatouillé les zygomatiques de presque 35 millions de personnes, en incarnant le personnage haut en couleurs de l’épicier Collignon dans Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain. Urbain Cancelier à la ville : un nom qui sent en réalité plutôt la campagne, les plats canailles et les allées chantantes d’autrefois. Et un physique pour le moins pittoresque dont on jurerait qu’il a été façonné pour accueillir les grimaces les plus excentriques.
Si l’acteur français possède indubitablement la gueule de l’emploi, c’est moins ses rêves que le hasard qui aura présidé à sa destinée. Né dans une famille bourgeoise où la propriété fut longtemps la seule profession et où le personnel était une question de principe, il voit un jour son père obligé de se mettre au travail. L’auberge des Alouettes ouvre dans le petit village de Chalo-Saint-Mars, à une cinquantaine de kilomètres de Paris, avec à sa tête le pater familias, bien décidé de transmettre à son fils enfin un métier. Mais celui-ci place ses passions ailleurs. Il se voit officier, prêtre ou commissaire-priseur. L’histoire de France et le code de l’honneur le fascinent. La question de Dieu le trouble. Les beaux-arts le subjuguent. Hélas, ses résultats scolaires ne sont pas au rendez-vous ; à seize ans, il quitte l’instruction publique et rejoint son père comme grouillot, mais son trépas met un terme à cette aventure.
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Désormais installé dans une petite chambre de bonne rue des Écoles, Urbain devient commis au Plazza Athénée puis à la Tour d’Argent. Trois années passent et malgré sa maladresse, le costume semble lui convenir, mais un soir de beuverie va en décider autrement. La vodka coule à flot et Urbain enchaîne les imitations devant des convives hilares. En guise de gueule de bois, il découvre le lendemain que ses amis l’ont inscrit à des cours de théâtre – une version édulcorée mais autrement plus poétique du film Very bad trip. Il tente à plusieurs reprises de tout annuler mais la force du destin l’oblige presque. Quelques cours pris à l’envolée au studio 34 le persuadent qu’il fait bon se promener sur les planches. L’acteur novice décide de s’y consacrer tout entier.
L’acteur des épiphanies transforme les seconds rôles en premiers rôles et la spontanéité de son talent met en exergue celui des artistes principaux.
Le temps passe et l’idée de prêtrise continue de faire son chemin. Au moment où l’archevêché de Paris lui ouvre ses portes, Cancelier est contacté par Bernard Murat pour incarner le petit duc dans La Dame de chez Maxim’s de Georges Feydeau. Urbain ne sera pas vicaire général mais une autre vocation s’ouvre à lui. Séduit par son talent, Murat le distribuera douze fois de suite. Sa carrière désormais lancée, les demandes affluent. Au théâtre avec Patrick Haudecoeur, Francis Huster, Didier Long, Michel Fau, Jean-Claude Brialy. Au cinéma avec Jean-Pierre Jeunet, Jean-Marie Poiré, Nicolas Vanier, Philippe de Broca, Patrice Leconte.
Ses performances sont saluées par le grand public dans les pièces de boulevard à succès : Le système, Frou-Frou les bains, Les dix petits nègres, Les deux Canards ; et l’on se délecte de repérer l’imposante carrure dans Ridicule, Un long dimanche de fiançailles, Les Aristos ou encore et bien sûr, Amélie Poulain. Ses apparitions souvent rapides ou en arrière-plan se distinguent. L’acteur des épiphanies transforme les seconds rôles en premiers rôles et la spontanéité de son talent met en exergue celui des artistes principaux. Son physique de gros pittoresque contraste avec un jeu souple, rapide, racé. Volubile lorsqu’il s’agit de signifier un personnage ; mutique paradoxalement remarquable lorsqu’il s’agit de souligner l’inanité d’un autre protagoniste, Cancelier est un monstre de scène polymorphe.
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« Si tu viens en cavalier, je serais en chasseur », avait un jour lancé un camarade de lycée à Urbain comme un ultime défi. Le lendemain, c’est à cheval qu’il débarquait dans la cour de récréation à la surprise du corps professoral mais pour le plus grand plaisir de ses complices. Depuis, il n’est jamais descendu de son destrier.
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