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Les écologues en chambre ne nous intéressent pas. Nous leur préférons les vrais travailleurs, ceux qui y étant nés, ou bien s’y étant installés, savent au moins une chose : qu’à la terre on ne ment pas.
En septembre, sous l’intitulé « Manger bio et local, c’est l’idéal ! », eut lieu une semaine d’événements encadrés par les organismes nationaux de l’agriculture biologique. Le débat est d’actualité : un bras de fer se joue entre les défenseurs de l’agriculture bio et ceux de l’agriculture conventionnelle, en particulier concernant la restauration collective. Les seconds affirment qu’il est impossible d’introduire des aliments bio dans les cantines sans faire exploser les budgets : pour eux, le bio français ne pourra pas fournir les quantités nécessaires et il faudra donc avoir recours aux produits d’importation. Ce qui serait évidemment un non-sens. « Misez alors sur le local ! clame la FNSEA à tout bout de champ, notre agriculture est de qualité et vous soutenez ainsi une dynamique de territoire près de chez vous. » Mais dans le premier pays européen consommateur de pesticides, tout le monde sait que l’idéal, c’est bien le local et le bio. Quand une pomme reçoit en moyenne 36 traitements par an, cela me fait une belle jambe qu’elle ait parcouru 3 km ou 600 km pour finir dans mon assiette…
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Les paysans en bio pouvaient donc organiser des portes ouvertes et faire découvrir leur ferme et leurs pratiques. Mais voilà, pour bénéficier de la communication du réseau (financée par des subventions publiques), baptisée poétiquement « Innov’en Bio », il y avait donc une exigence supplémentaire : être INNOVANT. Au final, rien de très violent puisqu’initier un peu de permaculture sur sa ferme suffisait pour vous qualifier. Mais pourquoi ce concept d’« innovation », une vraie tarte à la crème, avec son lot d’anglicismes ringards ? Au SIVAL d’Angers (le salon agricole professionnel), j’ai ainsi découvert l’ « AgreenStartUp, le 1er concours de startup alliant innovation, agro-écologie, agriculture, végétal et environnement »… Ben voyons, les applications pour smartphone en marche pour sauver la planète ! Pour baisser mon temps de désherbage, chantier hautement chronophage, on me propose « Oz », le petit robot qui va désherber tout seul (mais que je ne pourrais jamais amortir).
Imiter la Nature
Trêve de mauvais esprit, moi aussi je peux prendre le train de l’innovation : celle d’une démarche inventive, expérimentale, grâce aux méthodes développées par le réseau « Maraîchage sur sol vivant ». Elles sont inspirées par les techniques de non-travail du sol, c’est-à-dire sans labour, des céréaliers. La connaissance de la vie du sol en est à ses balbutiements, la recherche scientifique n’ayant pas daigné investir dans cette question ces dernières décennies. Mais on sait maintenant que le labour tue, que la fertilité d’un sol repose avant tout sur la vie de multitudes de micro-organismes, du lombric et du cloporte jusqu’aux bactéries et aux mycorhizes. Qu’imiter la nature en ne laissant jamais un sol nu, en semant un engrais vert ou en paillant et offrant ainsi le gîte et le couvert à ces micro-organismes, est la garantie d’une agriculture durable et saine. Cette dernière ne dépense pas plus de calories qu’elle n’en produit, contrairement à l’agriculture conventionnelle avec sa chimie et ses tours de tracteur.
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Elle redécouvre le bon sens des anciens en s’appuyant sur une connaissance scientifique du fonctionnement des sols. Le métier de paysan retrouve alors tout son intérêt : arrêter de suivre les indications du commercial des grandes firmes phytosanitaires pour s’appuyer sur le génie de la nature, avec patience et humilité, et nourrir son prochain. Quant à moi, je gagne en autonomie à m’inspirer du vivant et à travailler avec lui, plutôt qu’à me « libérer » du travail de désherbage grâce à un robot. Et comme dit Hervé Bossé, jeune vigneron installé dans le Layon, au sujet de ses plantations d’arbres au milieu des vignes : « Pour moi, c’est naturel mais les gens trouvent ça innovant. »
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