Claviers baroques
Le compositeur baroque Henry Purcell est à la fois une star et une figure méconnue. De lui, on retient ses grands tubes et ses opéras fameux (King Arthur, Didon et Enée) mais on oublie qu’une partie de son œuvre prolifique (du moins pour quelqu’un qui a passé l’arme à gauche à 36 ans) a été consacrée au clavecin, comme chez ses contemporains Charpentier et Buxtehude. Claviériste inspiré, il a composé une foultitude de miniatures à la beauté imparable, sou- vent dans le sillage du « style italien » qui emportait tous les sufrages à l’époque. Un style italien mâtiné donc, par l’indéniable caractère anglais de Purcell – c’est-à-dire un peu plus austère et théâtral, travaillé par un sens unique du contrepoint. Le claveciniste prodige Jean-Lu Ho (élève de la non moins prodigieuse Blandine Verlet) a par conséquent toutes les raisons du monde de lever le voile sur cet aspect oublié du répertoire purcellien – et il le fait admirablement bien. Marc Obregon

PURCELL, AND FRIENDS, HARPSICHORD RECITAL, JEAN-LUC HO, Musica Ficta, 16,99€
Nonchallance supérieure
Le nom est bon, ça commence bien. Ne relançons pas le débat sur les prénoms, mais c’est déjà beaucoup de ne pas s’appeler n’importe comment. D’ailleurs, une chanteuse française s’appelle Corinne. Comme quoi. Je m’égare. Alors, Spector, oui. Des Anglais avec des gueules d’Anglais, qui s’habillent bien et ont choisi les bons modèles d’instruments. C’est déjà la moitié de la note, comme on dit. Pour les points au-dessus, ils sont gagnés valeureusement par la composition de chansons efficaces qui ne se prennent jamais les pieds dans le tapis, avec des arrangements soignés et de bon goût, dans une tradition pop qui respecte les codes pour mieux être inspirée encore (c’est dans la structure que l’on trouve la liberté). Quelque part entre le premier Kaiserchiefs et The Vaccines. Spector est distingué. Spector sait être raffiné autant que nonchalant. Tout est là. Être le meilleur sans en valoir l’air. Un titre comme « Another Life » est un petit bijou qui fonctionnera autant avec une gui- tare acoustique qu’avec un groupe électriquement déchaîné. C’est le signe d’une réussite. Et dans ce disque, elles sont nombreuses. On ne peut pas en dire autant des vingt albums que j’ai écouté ce te semaine, alors une autre tournée de Spector, patron. Emmanuel Domont

Exquise mélancolie
On peut dire que le label Microqlima a l’oreille fine et le nez creux. Après avoir fait émerger les valeurs sûres de la touche française électronique des années 20 que sont L’Impératrice, Isaac Delusion ou Pépite, voici qu ’il nous présente deux jeunes garçons à peine sortis de l’enfance, élégants et déjà gonflés de nostalgie: Bellboy. Les six premiers titres de cet EP sont délicats comme des berceuses – à la fois naïves, inquiétantes et tristes –, et semblent dessiner un monde ouaté, abandonné à la ruine, dans lequel le coton serait mêlé de paille de fer. L’auditeur semble invité à un grand bal enchanté où tous les participants seraient condamnés à ne vivre que la fuite de Cendrillon avant les douze coups de minuit, sans jamais avoir pu danser une seule fois. Les textes, en français, sont simples et beaux. Ils accompagneront de la plus belle manière votre chagrin hivernal. Nicolas Pinet






