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François Mauld d’Aymée : la guerre buissonnière

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Publié le

22 novembre 2017

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FDM DANDY

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Il déclasse Malraux, double Saint-Ex, même Byron jette l’éponge, et Chuck Norris s’inquiète : et si Jean-Claude Van Damme maîtrisait le chant lyrique ?

 

La première fois que je rencontrai François Mauld d’Aymée, il revenait de Londres où un business lucratif l’avait retenu. En attendant de repartir vers la Russie dans une Alpha Roméo rouge. Aujourd’hui, François a 30 ans, « le mois de juillet de la vie » comme il dit. Je le sens plus apaisé que lors de notre première rencontre. Il était entre deux conflits, l’épaule en bleus provoqués par le recul d’une crosse. Pourtant ses cheveux sur les épaules, son faux air de Georges Harrison période Abbey Road, sa rhétorique d’une richesse à faire pâlir un normalien, son présent et son avenir (aléatoire) démentent en surface sa réputation de « chien de guerre ». Mais les faits sont têtus qui ont fait entrer ce personnage stendhalien dans le club très fermé des têtes brûlées qui sautent d’une guerre l’autre en se moquant de la mort.

Ce saint-cyrien qui avait l’horizon d’un fils de famille devant lui a très vite démissionné de l’armée : « J’ai découvert dans ce temple de la tradition toutes les forces contraires qui agitent Zohra diminuée. J’ai pressenti la somme des missions contreproductives qu’on allait me confier. L’ossature du cursus reste pourtant véritablement exceptionnelle. Elle forge un homme, le prenant à l’adolescence pour le rendre à l’âge adulte, bâti musculairement et un tant soit peu moralement. »

 

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Un détour à Londres de plusieurs années – « séjour qui m’a enseigné les coutures et les dessous du monde moderne, en plus de me procurer les bases du chant lyrique » – précèdera un baptême spécial, celui du feu, aux confins de l’Europe puis au Moyen-Orient. « Mais à armes égales », précise-t-il. « S’immiscer dans un conflit militaire n’est qu’une des façons, quoique sans doute la meilleure, de fraterniser avec un peuple. Ce sont les premiers mots de la seconde Satire de Juvénal : Il me prend l’envie de quitter Rome et de fuir plus loin que le pays des Sarmates et l’océan des glaces, quand j’entends parler morale à des gens […] dont la vie est une éternelle bacchanale.? »

Converser avec ce personnage stendhalien, c’est se résigner à larguer les amarres qui retiennent le Français moderne dans ses certitudes. Certes, on attend d’un jeune homme parti à la guerre qu’il en conte les coulisses, les drames et les grandeurs. Mais François Mauld d’Aymée douche cet espoir en donnant à ses engagements une dimension plus philosophique que virile puisqu’il se pose en sympathisant de «  l’eurasisme  » douguinien.

S’immiscer dans un conflit militaire n’est qu’une des façons, quoique sans doute la meilleure, de fraterniser avec un peuple

À l’entendre, ses guerres dans le désert irakien ou dans la neige du Donbass deviendraient presqu’anecdotiques, une sorte d’éducation sentimentale. Pourtant, on se prend à insister sur la signification de cet engagement qui, par définition, peut s’achever d’une balle dans la tête. Là encore, il élude avec pudeur en convoquant Cioran et la trop grande brûlure interne qui le consumait ; et le trop vaste ennui auquel il s’estimait condamné.

D’aucuns auront l’impatience de classer ce garçon « très à droite ». Peine perdue ! Ce polyglotte aime le monde arabe où il a vécu les armes à la main autant que le monde slave où il habite désormais. La France, dont ce « Franc de lignée champenoise » se revendique, il préfère la regarder de loin puisqu’il est convaincu qu’elle est entrée en « phase terminale ». « N’en déplaise aux hérauts de tel ou tel mouvement qui campagnent de toutes leurs forces pour colmater les plaies du navire. Le seul espace d’inspiration – partiellement – européenne à avoir, paradoxalement, conservé une âme forte et une énergie populaire, il est à l’Est. J’ai trouvé là-bas les derniers échos d’un monde disparu en Occident. »

Mais que fait-on sur les bords de la mer Noire, lorsqu’on a posé le lance-patates ? « J’enseigne la langue et la culture françaises à l’université. Je peux aborder sans crainte des auteurs qui feraient vite polémique de “l’autre côté du mur”. Et je poursuis mon étude du chant lyrique – un autre voyage, long comme le Transsibérien. Le climat provincial est merveilleux : cinq mois d’une chaleur torride, cinq mois de neige, et, entre les deux, un peu de la fameuse raspoutitsa (les gels et dégels qui causent tant de maux aux infrastructures). Il faut également bien rendre hommage au beau sexe, qui dans ces contrées mérite amplement son épithète.  N’importe qui, là-bas, est capable de passer de l’art lyrique aux armes avec facilité : le matin, il enfilerait soit un complet trois pièces, soit une veste bariolée, et puis, dépendant du lieu où il se rendrait, empoignerait une feuille de partitions ou un assemblage de pièces de métal… Tout le reste n’est que symphonie. Question de mentalité. »

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