Voilà que Fournier, qui reprit Spirou des mains de Franquin, nous livre ses mémoires. Il jette sur le papier, avec un style un peu assagi (il a 80 ans) limpide, coloré et léger, quelques étapes décisives : le jour où Dupuis l’a trahi en lui reprenant Spirou, qu’il avait fidèlement servi, des blagues de potaches avec Tillieux et Berck, qui ont cette saveur incomparable des histoires nulles racontées avec la ferveur des amitiés qui survivent à la mort, une séance de dédicace épique dans une caravane gelée à cause de la mesquinerie d’EDF… Noël en auto, qui fait partie des premières pages, a une qualité de narration remarquable sans doute parce que Fournier y montre son imagination en action en restituant l’intensité des souvenirs d’enfants.
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Fournier est breton, perdu dans ses rêves, à cheval entre la Bretagne (il lui rend hommage avec L’Ankou, récit tragi-comique d’un fest-noz à Bomeur) et le réel, entre l’amour du métier et la nécessité de vendre. Il ne réussit pas à tout concilier, se présente comme un naïf accueillant sans y croire les bonnes fortunes et se retirant dignement quand les vents sont contraires. On a autant envie de le serrer dans nos bras que de le bousculer. Il possède un vrai talent (son héros Bizu a vécu au moins quatre très bonnes aventures [Fleurs et Dupuis, 1986 – 1991], Plus près de toi [Dupuis, 2017] est excellent, au moins le tome 1), dont bénéficièrent les jeunes dessinateurs qu’il forma, comme Michel Plessix (Le Vent dans les saules, Delort, 1996 – 2001), mais n’a pas produit de chefs-d’œuvre, ni une œuvre cohérente: excellent faiseur, imaginatif, sensible, un peu dispersé – rêveur, en un mot, qu’il revendique. Il est ému en se retournant sur son passé, son émotion nous touche, on approche ses rêves.

MA VIE DE RÊVES, FOURNIER, Daniel Maghen éd., 152 p., 26 €





