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Sonia Mabrouk : Horizon vertical

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Publié le

8 octobre 2024

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Il y a deux endroits sur Terre qui font battre plus vite le cœur de Sonia Mabrouk : le premier c’est la petite ville de Conques, nichée au cœur de l’Aveyron avec son abbatiale Saint-Foy déjà chantée par le poète Christian Bobin.

Il y a deux endroits sur Terre qui font battre plus vite le cœur de Sonia Mabrouk : le premier c’est la petite ville de Conques, nichée au cœur de l’Aveyron avec son abbatiale Saint-Foy déjà chantée par le poète Christian Bobin. La journaliste y aurait vécu une véritable épiphanie lors de sa première nuit sur place : « Ce qu’on ressent là-bas, c’est quelque chose d’unique en France, c’est le mystère de la pierre. Quand la nuit tombe sur ses vitraux, ce sont comme des feux allumés qui viennent d’ailleurs. Cet endroit nourrit le cœur et l’âme. Si je devais définir le sacré, ce serait cette lumière. » L’autre lieu, c’est l’église Saint-Louis de Carthage, en face de laquelle Sonia a passé son enfance. Un vis-à-vis qui la prédestine sans doute à faire de la France sa deuxième nation. « J’ai grandi devant cette église, elle fait partie de moi. Le son de ses cloches est inscrit dans ma chair. Lorsque vous êtes enfant et que vous vous réveillez tous les jours devant une œuvre d’art qui n’appartient pas à votre culture, vous la faites vôtre, naturellement. Cette église, c’est une aile secrète de ma maison d’enfance. »

Tout le destin de Sonia Mabrouk pourrait peut-être se résumer à ce trajet : il lui aura fallu passer la Méditerranée pour passer d’une église à l’autre. D’une nation vécue à une nation rêvée. C’est d’ailleurs pendant un vol Paris-Tunis, encore étudiante, qu’elle se décide à écrire au magazine Jeune Afrique. « Je trouvais ça dommage qu’il n’ait aucune rubrique consacrée aux faits de société, se souvient-elle. Je leur ai écrit pour leur proposer en détail ce point d’amélioration. » Quelques jours plus tard, elle était dans les bureaux du mensuel et elle signait son premier contrat de journaliste. La première étape d’une longue carrière qui s’apparente à une ascension sans heurts, presque évidente.

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Il faut dire que la politique, la chose publique, Sonia a toujours baigné dedans. Petite, elle écoutait discrètement les conversations de son grand-père et de ses invités prestigieux, dont le président tunisien en personne, Habib Bourguiba, compagnon de route de la famille. De quoi forger un certain sens du devoir. « Je ne comprenais pas tout de leurs discussions, mais je pense que cela m’a donné un certain sens de la gravité. Il faut dire qu’en général, ils n’évoquaient pas des petites réformes… mais plutôt l’avenir du pays tout entier. » Les passes d’armes entre les deux hommes ont peut-être décidé de sa vocation – de ce goût qu’elle a pour l’interview politique, exercice dans lequel elle excelle et pour lequel Jean-Pierre Elkabbach la remarque – et ne tardera pas à la débaucher de Jeune Afrique. « Il avait senti en moi quelque chose d’incisif, je pense, une voix singulière. »

Lorsque Sonia parle, on l’écoute. Lorsqu’elle vous pose une question, on s’efforce de répondre du mieux possible.

Assurément, la voix de Sonia, au sens propre, n’est pas comme les autres : posée, ample, elle s’attarde dans les modulations graves. Lorsque Sonia parle, on l’écoute. Lorsqu’elle vous pose une question, on s’efforce de répondre du mieux possible. Peut-être une lointaine réminiscence de son premier métier, enseignante. Avec déjà ce goût pour la clarté et l’efficience. « C’est la première qualité d’un journaliste. Nettoyer le message de toutes ses scories, proposer l’information la plus claire possible, y compris lorsque vous vous adressez à des politiques dont le métier est précisément, parfois, de maquiller les informations. » Pour cette raison, le passage à la télévision est une étape cruciale : lorsqu’on est une voix connue et respectée de la radio, comment devenir un visage ? « Effectivement, c’est un travail presque inverse. À la radio, vous devez faire passer vos émotions par la voix. À la télévision, au contraire, puisque la caméra vous fixe constamment, vous devez faire en sorte de les dissimuler. »

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Pas de quoi déstabiliser Sonia, qui est devenue un des piliers de CNews. Et tant pis si la meute la traite de « journaliste d’extrême droite ». « Vous savez, dans un univers où on traite Bernard Cazeneuve de fasciste, ce genre de quolibet ne m’atteint pas du tout. L’extrême droite, c’est devenu un mantra, ça ne veut plus rien dire. » À ce titre, il faudrait rappeler à tous les aboyeurs en chef de la gauche-moraline, à tous ceux qui voient dans CNews une « abjecte émanation du catholicisme islamophobe de Bolloré » (ou quelque chose comme ça), que la principale figure de la chaîne reste une musulmane convaincue. Une musulmane qui constate avec tristesse la déréliction spirituelle d’une Europe où le mot « sacré » perd chaque jour de son sens. Cette usure, elle l’évoque dans son dernier livre en forme de dystopie (Et si demain tout s’inversait, Fayard), où elle convoque à la fois Orwell et Jean Raspail, pour mieux comprendre les mécanismes délétères du mondialisme – et les voies de l’intégration. « L’intégration ne peut se faire sans verticalité. C’est ce que nos dignitaires européens ne comprennent plus. Sans le sacré, cette verticalité qui a fondé notre rapport au monde, au bien collectif, nous ne sommes que des coquilles vides. » Voilà qui est dit : si les peuples veulent regarder ensemble vers un horizon commun, celui-ci devra être vertical.

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