Entretien – Christian Bobin, la parole pure

© Benjamin de Diesbach pour L’Incorrect

À l’occasion de la parution de son dernier livre, Un bruit de balançoire, nous avons rencontré le discret poète creusotin. Si ses deux livres, Une petite robe de fête puis surtout Le Très-Bas, l’ont fait connaître du public au début des années 1990, le succès n’a pas eu de prise sur cet auteur qui poursuit son œuvre depuis 40 ans avec une régularité remarquable, tant par la qualité de son style que par la profondeur de ses textes. Votre dernier livre, Un bruit de balançoire, est écrit en écho au poète Ryôkan. En quoi vous a-t-il inspiré ? Quand vous écrivez, vous êtes comme sur un chemin dans la montagne. Le mieux est d’avoir un compagnon de route. Pour ce livre-ci, j’ai choisi ce poète japonais qui est considéré par son peuple comme l’équivalent de saint François d’Assise en Occident. Ce qui m’a plu chez lui, c’est qu’il est absolument étranger à tout ce qui est mortifère chez nous; il ne se soucie ni d’efficacité, ni d’économie, ni de choses apparemment sérieuses. Il ne savait rien mieux faire de son temps que de jouer avec des enfants ou que de mendier sa nourriture, une toute petite poignée de riz par jour. La constante de sa vie a été d’être à l’imitation des nuages qui passent très lentement dans le ciel et qui n’ont pas souci même de leur fin prochaine, de se déliter, de se délier. C’est un merveilleux frère d’écriture. Quels sont les auteurs français qui vous ont le plus nourri ? En premier, Jean Grosjean, chez qui arrive à son comble de réussite l’alliage de la pensée et de la poésie. La force de Jean Grosjean est amicale, pure. Il ne se passe guère de semaine sans que je lise une page de lui. Son maître livre, L’Ironie christique, est une lecture, verset par verset, de l’évangile de Jean. J’y ai trouvé la nourriture qui me permettait de définir ce que c’était que le monde. Le monde, ce ne sont pas les gens. Moi, j’aime profondément les gens. Le monde est ce qui nie les gens, ce qui les persuade de dis paraître derrière des normes, derrière des lois, derrière des coutumes qui n’ont pas d’autre raison d’être que de les asservir, et que de permettre à la grande machine de tourner de plus en plus vite. Le monde, tel que je le perçois à travers ma lecture de Grosjean, est ce qui prospère sur notre destruction. Nous sommes aujourd’hui dans un point très haut de (...)
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