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La droite a-t-elle gagné le combat idéologique ?

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Publié le

11 décembre 2017

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Wauquiez

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L’éclat de quelques manifestations sociétales, la profondeur de quelques essais politiques ont laissé croire que le vieux monde était de retour. 

 

Une surprenante assertion a envahi les milieux médiatiques et politiques lors de la campagne de 2017. Il n’est pas sûr que la victoire de Macron ait suffi à la réfuter. La droite aurait gagné le combat idéologique et la gauche se serait ringardisée. On déplore l’échec de la droite partisane, mais on l’attribue à la médiocrité de ses dirigeants, incapables de surmonter leurs rivalités personnelles pour recueillir les fruits de cette victoire supposée de l’idéologie.

Ce diagnostic est une des causes de l’échec à la présidentielle de 2017 et pourrait être la cause principale d’un nouvel échec en 2022. Il provient d’une confusion entre le domaine de l’opinion et le domaine de l’idéologie. Ce qui est vrai est que l’opinion des Français s’est « droitisée », si on appelle « droite » le refus d’une immigration incontrôlée, l’attachement aux mœurs nationales et à la souveraineté de l’État, la demande d’autorité dans l’éducation, etc. Ce qui est faux est que cet ensemble plus ou moins structuré d’opinions constituerait une idéologie capable de concurrencer l’idéologie dominante.

On a confondu le succès d’ouvrages publiés par des essayistes de talent avec l’édification d’une idéologie apte à supplanter l’idéologie de gauche. Eux-mêmes se sont peut-être parfois mépris sur la nature de leur travail, se croyant plus idéologues qu’ils ne l’étaient, ambition sans doute paradoxale pour un écrivain de droite. Car le meilleur de l’héritage de la droite ne consiste-t-il pas au contraire à refuser l’idéologisation de la politique, et à exercer un scepticisme critique à l’égard de celle-ci ?

 

Résister à l’idéologie

 

En se targuant d’avoir gagné le combat idéologique, la droite ne s’est-elle pas fourvoyée, sa propre production d’idées ne devant pas devenir une « Idéologie » avec une majuscule, laquelle appartient au « génie » de la gauche ?

Les tentatives actuellement à la mode de refondation idéologique de la droite nous semblent donc vouées à l’échec. Et c’est tant mieux. Tout simplement parce que ce qui fonde la « droite », si tant est qu’elle existe, n’est pas l’idéologie, mais la résistance à l’idéologie. Baudrillard disait du masculin qu’il était un gigantesque effort pour sortir du féminin. On pourrait dire de la droite qu’elle est un gigantesque effort pour sortir de la tentation idéologique de la gauche…

On a confondu le succès d’ouvrages publiés par des essayistes de talent avec l’édification d’une idéologie apte à supplanter l’idéologie de gauche.

La notion de « conservatisme » pourrait effectivement guider la droite, à condition de la distinguer de la « réaction » et de comprendre ce qui l’oppose véritablement au « progressisme ». Dans la « réaction », c’est la vision idéologique d’un passé qui n’est plus qu’il faut rétablir. Dans le « progressisme », c’est la vision idéologique d’un avenir qui n’est pas encore qu’il faut réaliser. Dans les deux cas, on fera table rase du présent, dont il n’y a plus rien à attendre.

 

Lire aussi : Le conservateur vu par Chantal Delsol

 

Le « conservatisme » doit au contraire se comprendre comme une attitude active et non comme une idéologie, comme l’imitation vivante de mœurs, de principes, d’institutions, qui ont fait leurs preuves en donnant forme à un caractère national auquel on tient. Il ne suffira donc pas de sauter sur sa chaise en répétant « identité nationale », « identité nationale », pour proposer une politique de « droite ». Il faudra partir du présent, et de ce qui subsiste encore en lui du passé. Que reste-t-il des modèles auxquels on tient, sur lesquels puisse se fonder un attachement passionnel et vivant à la nation ? Une politique de « droite » ne peut donc être une « révolution » mais devrait être une action continue, une fidélité et une persévérance.

Aurait-on oublié cette mise en garde de Romain Gary : « L’histoire ne donne pas d’exemple d’une patrie humaine sortie d’un concept et d’un organigramme. »

 

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