On pourrait croire que la question est entendue. Mais le béret est ambivalent. Il n’est pas uniquement ce couvre-chef masculin béarnais. Les femmes en portent aussi – et ça leur va très bien. Les militaires du monde entier en portent (les Anglais nous ont aussi volé ça). Les existentialistes en portent, du moins dans les films américains. Les Américains le portaient dans les Brigades internationales, en Espagne. Les Spetsnaz russes l’arborent. Et Che Guevara, le tortionnaire communiste, est à jamais coiffé de son béret. L’image se brouille. Ce pur produit du terroir n’est-il en fait qu’un objet infiniment adaptable, essentiellement plastique, apte à recevoir n’importe quel emblème et propre à coiffer toutes les têtes, même les moins recommandables, même les plus salies ?
J’entends bien qu’il serait un peu facile de reprocher le Che au béret. Le béret, honnête bonnet, robuste coiffe, franche faluche, accomplit son destin en restant rond et imperméable. Là est bornée sa mission. Sa vocation est de couvrir, il couvre, au mieux, et tant pis si la main qui l’empoigne est celle d’un forban, d’un malappris ou d’une canaille. Le béret s’attache depuis quelques siècles (et peut-être même avant, le mot est d’origine gauloise) à protéger les têtes sans se soucier de ce qu’elles contiennent : nébuleux traités philosophiques, rêves de gloire militaire, supputations bergères, projet de grève ouvrière, pensées odieuses, c’est tout un car le béret n’y peut mais.
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Le fait que tant d’armées l’aient choisi indique qu’il a un caractère universel, qu’on lui reconnaît un caractère unique, qu’il couronne les crânes humains avec une certaine évidence – mais sans forfanterie : il se plie aux traditions locales et n’imagine pas, sous prétexte d’être allé aux pôles, qu’il est un phare de l’humanité, comme d’autres spécialités françaises enivrées de facile renommée. Pour le dire de cette manière, je crois qu’il n’existe pas de béret républicain ; on le mesure d’ailleurs en pouces du Roi.
Certes, des milliers de festayres ivres de mauvaise bière, chapeautés de bérets rouges, en donnent une image détestable ; certes l’image du « Français moyen », béret en tête, cigarette aux lèvres et baguette au bras, a dégradé l’image de l’objet chez ceux qui se piquent d’élégance de classe ; certes, les longs cheveux crasseux qui s’échappent du béret guévariste sont un triste spectacle. Mais à considérer les générations de paysans béarnais coiffés d’un disque de feutre, les foules des défilés militaires où se mêlent jeunes et vieux bérets, les bataillons de jeunes gueuletonneurs et les élégantes qui crânement, depuis un siècle, donnent les inclinations les plus hasardeuses à leurs légers bérets, qu’importent les bourrés et le bourreau argentin dont le regard halluciné s’étale sur les ticheurtes ? Une journée de marche dans les Pyrénées les efface. Il faut conclure que le béret, loyal, évident, permanent, persistant, résistant, est de droite.





