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Le ticket de caisse est-il droite ?

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Publié le

3 décembre 2024

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L’actualité récente nous a montré que le sapin de Noël est aussi politique qu’une constitution et le foie gras un marqueur de civilisation aussi manifeste que le droit de vote. Mais comment décider à coup sûr ce qui est de droite ou de gauche ? Notre chroniqueur Richard de Seze répond. Sujet du jour : le ticket de caisse.
© Michael Walter – Unsplash
© Michael Walter – Unsplash

Si je refuse le plus souvent les tickets que les boulangers proposent (comme si une baguette avait besoin de son double financier), j’ai pris l’habitude de demander aux caissières, aux caissiers et aux caisses automatiques d’imprimer l’intégralité des documents papiers possibles : ticket de caisse, facturette de carte bancaire et bon d’achat. Chaque bout de papier est une victoire contre la numérisation du monde et je médite de proposer à L’Incorrect d’éditer un numéro spécial consacré aux tickets de caisse les plus longs comme un manifeste de résistance, voire de dissidence, et même de divergence ; avec une préface de Houellebecq.

J’ai très longtemps gardé un très long ticket de caisse, jusqu’à ce que les ans l’effacent. Il m’enchantait car il disait à la fois la sage gouvernance de deux semaines de vacances en Bretagne, les gourmandises imprévues de notre équipée familiale au hasard des rayons, les oublis enfin réparés avec soulagement puisqu’en défaisant les valises il avait bien fallu admettre que c’était resté à Paris. Je le contemplais en hiver.

Lire aussi : Le marqueur est-il droite ?

Le ticket boucle les courses. J’aime considérer, imprimées, les preuves que je n’ai rien oublié de la liste confiée, que mes achats ont habilement combiné exigence de qualité et goût mesquin pour les promotions, et que les Nouveaux Instruments de Promotion ont effectivement enrichi ma cagnotte (quel joli mot !) de 62 centimes. Je n’ai absolument pas le sentiment de sauver la planète en choisissant de recevoir un ticket dématérialisé et en téléchargeant autant d’applications qu’il y a d’enseignes. Je suis même prêt à parier que le coût énergétique numérique de la dématérialisation est supérieur aux prétendus bénéfices environnementaux de la mesure, surtout quand les marchands expliquent qu’ils vont lancer des IA performantes pour dévorer les milliards de données produites.

Je veux contempler, mes achats faits, la preuve que j’ai été malin ou complètement dispendieux, je veux faire mes comptes en revenant ticket après ticket sur chaque dépense, examen satisfaisant ou douloureux, je ne veux pas qu’une application bancaire ou financière me sorte des camemberts sommaires ou illisibles et m’exonère de mon examen de conscience. Je ne veux pas que mon argent soit de plus en plus idéal, pur flux virtuel. Le papier m’ancre à la réalité, je veux vérifier d’un coup d’œil que tout est bien à son prix – et donc réclamer des explications immédiates, je veux jouir comme un avare à la petite semaine des 1,42 € économisés sur la mousse à raser, surtout si je n’avais pas fait attention à cette promotion (mais je me retiens d’y retourner).

Je suis comme Odette Brouard, paysanne du Morvan à la retraite, qui n’en peut plus d’un monde où les écrans se substituent à tout et où les ordinateurs sont supposés nous servir de mémoire, d’intelligence et même de volonté à force de notifications nous incitant à acheter ceci ou à générer des pass divers. Je suis comme elle, je ne veux pas qu’une loi m’oblige à accomplir un bien incertain en m’arrachant le droit de contrôler immédiatement mes actions. Le ticket protège nos libertés. Il est donc de droite.

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