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Luc-Olivier D’Algange : une chaine d’or pour les relier tous

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Publié le

19 février 2025

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© Romée de Saint Céran

Contre les écrans qui divisent, contre la segmentation des connaissances qui produit des chiens savants tout juste capables de vomir des lignes de code pour enfermer un peu plus le réel dans une nasse numérique, LOA, dans ses Droits de l’âme, propose de réunifier le savoir, de faire comprendre à nouveau quelle grande Tradition (ou sophia perennis) sous-tend les textes majeurs, de rappeler les tunnels et les rhizomes d’idées qui travaillent secrètement les œuvres, qui les relient entre elles dans un vaste dédale de références, de liaisons quasi-chimiques relevant d’une sapience ésotérique. À ce titre, il s’élève contre les approximations et les dérives idéologiques d’un enseignement de la littérature qui voudrait ranger les époques dans des cases, et opposer, par exemple, le classicisme au romantisme : « Il est temps d’en finir avec ce dualisme de pacotille qui ne se lasse pas point d’opposer une raison diurne à une irrationalité nocturne, un « classicisme » prétendument raisonnable et un « romantisme » qui serait tout embarbouillé d’obscurantisme. »

Lecture maistrienne

À ce titre, il réhabilite l’influence primordiale de Joseph de Maistre sur les romantiques, à commencer par Nerval et Baudelaire qui, tous deux, ont reconnu chez le philosophe une influence capitale – et ce contre l’avis de Sartre, dont les tentatives pour prouver la superficialité de cette influence sont soigneusement démontées par d’Algange. Qu’est-ce qu’une époque ? Qu’est-ce que la sensation de vivre dans son présent, d’où vient cette impression qu’un sens à la fois intime et universel découle du passage des années ? Rien de plus, juge D’Algange en méditant sur Les Soirées de Saint Pétersbourg, que le surplomb de la Providence sur le temps. Sans Providence, le temps et l’histoire ne sont que des successions d’événements travaillés par une cyclicité amorphe, c’est bien la Providence qui a déplié la flèche du temps, et sorti les « époques » de la glaise des itérations amorphes.

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Gnose contre gnose

Chez D’Algange se joue également un vieux conflit qui oppose les chrétiens et certaines hérésies jugées « gnostiques » dans le sillage des condamnations de saint Irénée de Lyon. Pour d’Algange, opposer la foi chrétienne à la gnose est une erreur, puisqu’il différencie lui-même deux gnoses : une gnose négative : « le gnosticisme des sectes qui vitupèrent contre le monde, qui haïssent le sensible » et une gnose vertueuse qui ne serait pas « volonté de pouvoir mais puissance du silence, la gnose qui approfondit et diffracte la croyance, s’y accorde, comme la voûte romane s’accorde au chœur ». Une gnose qui se réalise tout entière dans la suspension poétique et qu’on retrouve telle quelle, note d’Algange, dans les fameux vers de Nerval dans El Desdichado, un poème à la dimension quasi-alchimique et qui s’inscrit dans une longue tradition littéraire française, « de Chrétien de Troyes à Maurice Scève, de Rabelais à Béroalde de Verville, de Ronsard à Cyrano de Bergerac ». Tout le travail d’orfèvre d’Algange tient ici, dans ce fil d’or qu’il suture au revers de notre histoire littéraire, un legs invisible qui relie Boutang à Léon Bloy, Montaigu à Julien Gracq, Guénon à Suarès, attestant que si la France est bien la fille ainée de l’Église, sa littérature en est le Graal, caché mais visible à tous, à condition d’être entraîné à reconnaître ses liens invisibles qui tissent dans l’ombre une histoire secrète de l’âme.


LES DROITS DE L’ÂME, Luc-Olivier d’Algange, L’Harmattan – Théôria, 296 p., 30 €

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