J’ai déchiré la carte noire que m’a offert l’Incorrect en confettis pour y griffonner quelques informations, toutes authentiques.
– Un inventeur vient de mettre au point une machine qui permet de savoir à quoi pensent les gens qui pensent à autre chose quand ils lisent Proust.
– Au Ciel aussi les services publics sont en crise. Hier, une femme a patienté quinze heures sur un brancard aux portes du purgatoire, et manqué revivre.
– La rencontre tant attendue entre l’humanité et les extraterrestres a eu lieu l’an dernier. Les deux côtés sont repartis déçus.
– On vient de s’aviser que les journées font en fait vingt-quatre heures trente, et que l’année comporte une cinquante-troisième semaine jusqu’alors inconnue. Voilà pourquoi nous étions toujours en retard.
– Depuis qu’il est scientifiquement prouvé que jurer augmente l’espérance de vie, les vieillards n’ont plus qu’ordures à la bouche. Ils font honte à leurs proches, peur aux enfants, et peine à voir.
– Et si la cause environnementale invoquée par les imbéciles qui jettent de la sauce tomate sur les tableaux célèbres n’était qu’un prétexte pour dissimuler le fait qu’ils n’aiment simplement pas la peinture ?
– Une équipe de fiscalistes de l’Université de Leyden annonce avoir découvert un spécimen rarissime de budget public à l’équilibre.
– Trois nouvelles valises de manuscrits inédits de Céline ont encore ressurgi miraculeusement, en plus des précédentes. Même les fans en ont soupé.
– Les enfants de nos jours sont intenables. On comptait jadis une tombe de surveillant pour trente tombes d’enfants, et le cimetière était calme. Aujourd’hui, c’est une pour dix, mais on est tout le temps dérangé.
– Le nouveau gouvernement. Ministère de la censure des livres : M. Douret. Ministère de la censure de la presse et des revues : M. Chipolignac. Ministère des persécutions religieuses : M. de Martelon. Ministère des rumeurs et insinuations : Mme Sirinelli.
– Il existe un univers parmi les millions possibles où Mitterrand, grillé après l’attentat de l’Observatoire, a quitté la politique à quarante-trois ans pour diriger le Journal du Centre.
– Lu sur une partition : « Toutes les notes sont du traducteur. »
– Léon-Paul Fargue, mais Léon Pierre-Quint.
– Cette manie des Français de banlieue de parler en alexandrins, qui les désigne à la réprobation générale et les éloigne de l’emploi.
– Tout le monde est pauvre, à quelques millions près.
– L’extrémisme en politique serait rare si les extrémistes étaient avertis qu’ils auront à vivre après leur mort dans le régime pour lequel ils ont combattu de leur vivant.
– L’art difficile de l’interview. Il faut compter chaque syllabe de l’interviewé et l’interrompre avant la dixième, sous peine qu’il commence de construire un raisonnement.
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– Tout le monde récrimine contre les décharges sauvages, mais j’ai des ordures à jeter et pas moyen d’en trouver une.
– Le manque de savoir-vivre de ces gens qui laissent l’étiquette sur leur esclave neuf, pour qu’on en sache le prix.
– Bouvard et Pécuchet au temps du réchauffement du climat : comme il faisait une chaleur de 53 degrés, le boulevard Bourdon se trouvait absolument désert.
– Un jour les champions du tour de France aussi enlèveront leurs roulettes.
– En l’an 3000, on aura oublié qu’un jour il y eut des livres.
– La plupart des guerres sont fomentées par les urbanistes, pour avoir des villes à reconstruire.
– Il y a trop de morts parmi nous, c’est une submersion. Il faut exécuter plus scrupuleusement les obligations de quitter la vie, limiter les visas, renvoyer les clandestins dans l’au-delà.
– Le métier de journaliste consiste à informer les gens qu’il fait chaud quand il fait chaud, et qu’il gèle quand il gèle. Le plus dur, c’est de ne pas s’emmêler les pinceaux.
– Le Président n’a plus fait décapiter personne depuis trois ans. La France s’ennuie.
– On devrait emprisonner tout le monde par principe, puis libérer les gens au compte-gouttes pour bonne conduite.
– Je ne bois jamais de déca l’après-midi, ça m’empêche d’avoir des insomnies.
– Un jour nous rebâtirons la Bastille.
– Y a-t-il seulement une face cachée de la lune ?
– Je vous laisse, j’ai beaucoup à ne pas faire.





