Le Rossignol est un virtuose du chant. L’empereur de Chine en est touché aux larmes. Un équivalent mécanique lui est offert : la comparaison blesse l’oiseau, qui s’enfuit à l’air libre. Mais le jouet tombe en panne et le souverain, malade, n’a plus de réconfort. Le Rossignol, pris de pitié, reviendra subjuguer la mort par sa mélodie envoûtante. Le conte d’Andersen esquisse déjà le combat entre nature et technique, art et artifice. Le jeune Stravinsky s’en empare pour son premier opéra (1914), résumant les deux pôles de son œuvre : tension émotionnelle et rigueur mathématique. Partition courte, étrange, inclassable : ni drame lyrique ni fable symphonique, peut-être les deux à la fois.
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Traversée par le contraste flagrant entre un premier acte lyrique et impressionniste et les deux suivants, radicalement modernistes, avec rythmes martelés, sonorités acérées et harmonies polytonales – Le Sacre du printemps est passé par là. Au Théâtre des Champs-Elysées en 2023, Olivier Py avait contourné la faiblesse du livret par une mise en abîme. De cette production on garde surtout l’excellent niveau musical, que cet enregistrement vient immortaliser. François-Xavier Roth dirige Les Siècles (sur instruments d’époque) sans forcer les aspérités, privilégiant la féérie plutôt que l’architecture. Le pêcheur de Cyrille Dubois ponctue le paysage de son refrain mélancolique. Sabine Devieilhe, voix cristalline et aérienne, est ensorcelante de volupté : un Rossignol insaisissable et fantasque, qui défie les spectres et nous emporte sur ses ailes.
LE ROSSIGNOL, opéra en trois actes d’Igor Stravinsky (version en français) – Les Siècles, dir. François-Xavier Roth – Erato, 17,99 €





