Un vaisseau spatial file vers Ganymède, satellite de Jupiter, pour le coloniser. Stéphane, le psychologue, reçoit les membres de l’équipage alors qu’un suicide vient d’avoir lieu, et échange avec sa fille, restée sur terre, pour trouver une échappatoire à sa propre déprime. En bichromie bleu et jaune, fortement quadrillées par un gaufrier de 24 cases, les pages s’enchaînent, et tandis que le texte nous raconte ces introspections croisées, les images nous montrent les souvenirs qui resurgissent, les associations d’idées, ce qui reste au bord de l’expression consciente, comme ces personnages en Lego, minuscules et standardisés, auxquels le psy s’identifie sans encore se l’avouer, pion au milieu d’autres pions filant dans le vide intersidéral.
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C’est 2001, l’odyssée de l’espace (1968) sans la splendeur des images de Kubrick, mélangé à Silent Running (1972) de Trumbull sans les robots. L’histoire, linéaire et classique, évoque vraiment ces années de la science-fiction contemplative, vastes paraboles sur le progrès, cependant que le dessin, simple et clair, réussit à tout unifier, machines, humains, animaux, paysages et cartes, dans un continuum graphique qui rend possible, pour le lecteur, l’écart entre ce qui est dit – l’album est même parfois verbeux – et ce qui est montré. Atteint-on pour autant le flux de conscience, comme le promet l’éditeur ? C’est assurément un bel exercice de style, assez académique (l’auteur enseigne la bande dessinée) et maîtrisé pour être intéressant, comme un roman expérimental somme toute assez prudent. On ne peut s’empêcher de rêver à ce que d’autres auteurs tireraient de tout ce qu’Olivier Crépin a mis en place.






