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Charles Gave au secours de l’épargne des Français

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Publié le

10 avril 2025

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À l’heure où notre bon président, grisé par l’ambiance martiale du moment, semble prêt à nous refaire une entourloupe à l’ancienne du genre « grand emprunt national » pour financer un hypothétique effort de guerre, l’argent des Français n’a jamais semblé aussi convoité. Charles Gave, président du think tank Institut de la Liberté, a fondé une école en ligne qui conseille aux Français de se prémunir des appétences étatiques en se consolidant une épargne à peu de frais. Une gageure, dans un univers économique mouvant, envahi par des crypto-monnaies ultra-volatiles ? Pas tant que ça. Explications.
© Benjamin de Diesbach

Il paraît que le Français a une culture économique. Il paraît même que les Français sont parmi les plus gros épargnants d’Europe. C’est en partie vrai – même si on doit nuancer ces deux assertions. D’abord, la culture économique du Français s’arrête à peu près là où commence celle de son voisin. En France, pays de culture catholique, l’argent doit demeurer dans la sphère intime et l’épargne se limite en réalité à la seule qui ne soit pas rentable : celle qui est encouragée et financée par l’État, c’est-à-dire le livret A.

« Notre idée, c’est de protéger des gens qui se sont donné du mal toute leur vie pour essayer de mettre trois sous de côté »

Charles Gave

C’est en partant de ce constat plutôt mitigé que s’est formée dans l’esprit de Charles Gave et de sa fille Emmanuelle, déjà tous les deux aux manettes du think tank Institut de la Liberté, cette idée de créer une école en ligne qui soit capable d’initier le tout-venant aux arcanes de l’épargne et de la finance. Un vœu pieux, lorsqu’on sait que la plupart des Français préfèrent en général laisser cela à ceux qui nous gouvernent, et tiennent souvent la finance pour une sorte de réalité occulte dont ils se gardent bien de vouloir renifler les arcanes… A  fortiori au moment précis où le gouvernement agite le chiffon rouge de l’effort de guerre pour engloutir nos derniers pesos : « Pour tout dire, on avait un peu pressenti ce qui va arriver en ce moment, c’est-à-dire la captation de l’épargne des particuliers par l’État, résume Charles Gave. Notre idée, c’est de protéger des gens qui se sont donné du mal toute leur vie pour essayer de mettre trois sous de côté, et à qui aujourd’hui, tout ce qu’on propose, c’est un rendement par des PEA (Plan Épargne en Action) qui, entre l’inflation et les taux d’intérêt, ne leur permettent pas de dégager la moindre compensation. »

Nichée dans un rez-de-chaussée coquet mais sans ostentation particulière, sous la houlette d’un beagle affable, la petite entreprise familiale de Charles Gave a d’abord pour vocation de se battre contre une ignorance savamment entretenue : « Les Français épargnent, c’est certain, mais ils n’ont aucune vision claire de leur gestion. Se dire : j’épargne parce que l’État va faire faillite, c’est bien, mais ensuite confier son pot de confiture à l’État, dans le même mouvement, parce que ce dernier offre un avantage fiscal… c’est du délire. Cela montre bien que rien n’a été fait dans le passé pour sensibiliser les Français sur le sujet. C’est peut-être le seul pays au monde où l’on n’éduque pas le peuple à l’argent. »

Déniaiser et consolider

En effet : la faute originelle du Français, c’est peut-être un rapport à l’argent compliqué, qui a du mal à faire sienne la culture protestante du profit, ou encore à comprendre ce divorce entre le réel et le virtuel qui est sans doute l’axiome premier du capitalisme. Comme le rapporte Édouard Jourdain dans son brillant essai Théologie du Capital, « le catholicisme s’est tout le temps constitué comme une force de conjuration du capitalisme, tout en lui offrant le terrain de son expansion ». Le Français, qui conserve en lui cet inconscient monarchiste, a du mal encore à comprendre comment développer ses actifs et confond volontiers l’épargne avec l’usure. Y aurait-il du mal à faire « travailler son argent » ? Pourtant, épargner, c’est d’abord se souvenir de sa condition d’être humain qui produit de la valeur dans une partition monétaire globale, sujette à la tectonique de la finance et de la géopolitique. Cela demande donc une certaine souplesse et une curiosité constante. Épargner est un acte politique dans un monde où tout est une injonction à la surconsommation et à l’éphémère.

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C’est ici que l’Université de l’Épargne intervient : dans un premier temps, pour déniaiser les Français sur ce thème. Dans un second temps, pour les initier aux « bonnes pratiques », comme on dit dans le vocabulaire policé des open spaces. Car une bonne épargne, c’est d’abord une solide architecture, comme le rappelle Charles qui applique d’ailleurs, peu ou prou, la même méthode depuis 50 ans. « Il faut que les gens comprennent que lorsque vous gérez de l’argent, quel que soit le volume de la somme, 80 % de la performance sur le moyen terme vient de la construction de votre portefeuille, de son architecture. Tout le reste, ce ne sont que des valeurs d’ajustement. »

Valeurs d’État contre valeurs impériales

Alors, est-ce que la nouvelle séquence mondiale initiée en partie par la seconde mandature de Donald Trump doit être prise à ce point au sérieux ? Les bourses américaines qui dévissent incitent à garder la tête froide. Sur ce sujet, Gave a un avis très clair, et se tient droit dans ses bottes de libéral roué : « Depuis la chute du mur de Berlin, les États-Unis avaient décidé de devenir un empire. Donc, ce qui a monté tout au long de cette époque dans les marchés financiers, ce sont les valeurs qui bénéficiaient de l’empire. Aujourd’hui, sous l’impulsion du trumpisme, les États-Unis veulent tout simplement redevenir un État-nation. Une forteresse économique, avec tout ce que ça implique pour ce que j’appelle les “valeurs d’empire”, qui elles devraient baisser drastiquement – c’est-à-dire, pour commencer, les GAFAM. C’est pourquoi, pour ceux que le marché américain intéresse, je leur conseillerais plutôt de se tourner vers des valeurs domestiques : de l’énergie ou de la grande distribution, par exemple. »

« C’est une vieille rengaine keynésienne, celle qui consiste à croire que l’argent produit de l’argent, et donc de la croissance »

Emmanuelle Gave

Quant à l’idée d’un emprunt national, remise au goût du jour par un Emmanuel Macron qui se rêve volontiers en chef de guerre européen, elle fait bien rire le père comme la fille. « Vous vous souvenez de monsieur Raymond Barre, au moment de la grande sécheresse de 1976 ? raconte Emmanuelle, non sans une certaine gourmandise. Il avait dit comme Macron : il faut un effort de guerre. Donc, on va aller vous piquer de l’argent et vous n’aurez pas le choix. Vous allez être obligé de souscrire des obligations françaises. Le pire, c’est qu’il y a toujours des crétins pour estimer que ça va relancer la croissance. Mais si vous piquez de l’argent – un argent qui aurait pu servir ailleurs et probablement de façon plus raisonnable – pour le donner à des gens qui en font n’importe quoi, ça ne relance pas la croissance. C’est ce qu’on fait depuis 50 ans. C’est une vieille rengaine keynésienne, celle qui consiste à croire que l’argent produit de l’argent, et donc de la croissance. L’Histoire nous a pourtant démontré le contraire. »

L’espoir industriel français

Un mal bien français, sur lequel la famille Gave n’aura pas de mots assez durs – outre son rôle de conseil, l’Institut de la Liberté produit également des vidéos qui abordent régulièrement ces thématiques – « sans aucun totem ni tabou », comme dirait l’autre… Pour ces libéraux de la première heure, la France se tire une balle dans le pied depuis trop longtemps avec une fiscalité castratrice qui empêche les entreprises de vouloir s’installer sur le territoire. « Ça fait 40 ans que ça dure… À chaque fois qu’il y a une crise, les politiques disent : on va taper sur les entreprises parce qu’il faut protéger le peuple, rappelle Charles. Donc aujourd’hui, la marge brute d’autofinancement des entreprises françaises est à un plus bas historique : nous sommes le pays d’Europe qui a le poids de l’État le plus élevé et la marge brute d’autofinancement la plus basse. Or, produire des obus n’a jamais produit de richesses, à ce que nous en savons… »

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Ici, nous touchons à un autre paradoxe bien français : alors que le gouvernement se gargarise depuis des années avec le mantra de la réindustrialisation, l’industrie française est plutôt extrêmement prospère… Problème, elle est quasiment entièrement « off shore ». « Si vous prenez l’indice MSCI [pour Morgan Stanley Capital International, ndlr], qui réunit la plupart des valeurs industrielles, les valeurs industrielles françaises représentent 28 %, contre 21 % pour l’Allemagne. Dans ces FNB, fonds négociés en bourse, la France est systématiquement le pays le plus représenté… En clair, résume Charles Gave avec le tact qu’on lui connaît, ça signifie qu’on a des valeurs industrielles monstrueuses mais qu’on est rigoureusement infoutu de les conserver chez nous. C’est pourquoi l’État nous ment effrontément lorsqu’il affirme que nous n’avons plus d’entreprise… Les plus grosses refusent simplement de travailler en France. Quant aux PME, qui n’ont pas le choix, elles sont sous respiration artificielle… »

Ineptocratie

« Vous connaissez la parabole des talents ? À mon sens, ça résume assez bien la position que peut avoir un chrétien sur le sujet. En gros, cette parabole nous enseigne qu’il faut confier l’argent à ceux qui savent le faire fructifier. C’est-à-dire, à peu près l’inverse de ce qu’on fait actuellement avec notre système social, qui consiste à donner de l’argent à ceux qui l’enterrent. » On ne sera probablement pas aussi catégorique sur cet enseignement de la Bible pris au sens libéral, tout en concédant à la famille Gave que le ver de l’assistanat systémique ronge depuis trop longtemps la belle pomme de la productivité française. Le petit épargnant serait-il le dernier résistant face à ce constat accablant ? « Disons qu’il a le mérite de se battre, comme nous essayons de l’enseigner ici, contre ce que j’appelle l’ineptocratie, c’est-à-dire la gouvernance des incompétents pour les incompétents. » Voilà qui est dit.

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