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Le piège tendu par Emmanuel Macron

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Publié le

27 décembre 2017

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Il est urgent d’être conservateur, urgent de rendre toute sa légitimité politique au conservatisme, mais sans laisser la vie politique se reconfigurer autour du clivage progressiste / conservateur. Qui est un piège, tendu par Emmanuel Macron tout particulièrement.

 

En rangeant sous l’étiquette de conservateurs ceux qui ne ralliaient pas le projet libéral-libertaire qu’il incarnait, Emmanuel Macron entendait disqualifier ses adversaires en les assimilant à des forces du passé. Et alors que la France a plus que jamais besoin de se voir insuffler une inspiration nouvelle, il peignait ses opposants en tristes personnages soupirant après le monde d’hier, en partisans du statu quo, en désolants «  déclinistes  » c’est-à-dire des êtres bons qu’à une chose  : enregistrer les pertes, les inventorier et s’en affliger, sans espoir de solution. De fait, se présenter sous l’étiquette de conservateur, c’est prendre le risque du malentendu, prêter le flanc à toutes les simplifications et caricatures et sembler ne pas répondre à l’urgence du présent.

Il nous faut donc être inventifs, le défi étant de trouver une appellation capable de dire la dynamique, l’énergie que recèle le conservatisme. La fidélité à soi, au passé, le souci d’assurer un avenir à notre civilisation n’immobilisent pas mais au contraire éperonnent, aiguillonnent. Il nous appartient de le marteler et de l’incarner. Il ne s’agit pas de restaurer un quelconque monde d’hier, un éden que nous peinerions bien à trouver. Le conservatisme, ce thème cher à Hannah Arendt inspirée de Cicéron, c’est la reconnaissance du pouvoir des origines, de ce qui a été inauguré par les ancêtres. Or, les origines, le passé ne sont pas des forces qui nous retiennent en arrière, mais au contraire qui nous poussent vers l’avant.

 

La mémoire comme arme de résistance

 

Le passé possède une puissance d’inspiration, il recèle des trésors à préserver, des promesses à accomplir. Le passé est en outre l’instance critique par excellence, il est le levier pour inquiéter les évidences du présent. La mémoire est l’arme de la résistance à l’esprit du temps. Ce n’est pas par goût du paradoxe qu’on conclura que, fort d’autres modalités d’existence, de pensée que celles qui dominent, seul le conservateur est un résistant, un réfractaire en tout cas. Il ne se laisse pas intimider par l’impératif de l’adaptation. Le changement n’a pas de valeur en soi. Il s’apprécie, s’évalue, se juge. Si nous aspirons à donner un avenir à la forme de vie française, ce n’est pas parce qu’elle appartient au passé, mais parce qu’elle est digne d’être continuée. Elle est une proposition de sens infiniment plus souhaitable, pour la chétive créature qu’est l’homme, que celle du magistère idéologique et moral des progressistes (de gauche comme de droite).

 

Lire aussi : L’ambigüité congénital du conservatisme

 

Je soutiens qu’il entre infiniment plus de nouveauté dans le programme qui est le nôtre que dans la politique d’Emmanuel Macron qui n’a d’autre ambition que de parachever l’œuvre commencée depuis l’après Seconde Guerre Mondiale, avec la construction de l’Union européenne et avec l’arrivée aux postes de commande des baby-boomers, c’est-à-dire de ceux nés entre 1945 et 1952. Il ne faut pas s’y tromper en effet : si dynamique, si ardent, si fringant soit-il, notre Président est dépourvu d’imagination politique. Il ratifie les choix qui ont été faits par ses prédécesseurs, son énergie ne lui sert qu’à les exécuter : l’obsolescence programmée de la nation, l’exaltation de l’individu avec ses droits et ses caprices comme mesure de toute chose, la conversion de la France au modèle multiculturaliste. Bref, il est le docile adjuvant de la logique libéral-libertaire.

La ligne de partage passe désormais entre ceux qui ont le souci de la continuité de la France dans sa singularité, son histoire unique et qui aspirent à assurer un avenir à cette histoire, à la conserver, à la préserver, et ceux qui sont résolus à adapter la France au monde

La ligne de partage passe désormais entre ceux qui ont le souci de la continuité de la France dans sa singularité, son histoire unique et qui aspirent à assurer un avenir à cette histoire, à la conserver, à la préserver, et ceux qui sont résolus à adapter la France au monde – cette expression est capitale, elle figurait dans le programme d’Emmanuel Macron, elle dit les capitulations que nous sommes disposés à conclure. Adapter la France au monde, c’est-à-dire à l’économie mondiale naturellement mais aussi au multiculturalisme. L’adaptation est la loi du vivant, non de l’homme en son humanité. Hannah Arendt parlait de la « dégradante obligation d’être de son temps ». Dégradante, car c’est une logique de soumission.

 

Le moment propice

 

C’est autour de la question du droit des peuples à la continuité historique que le paysage politique doit se redessiner. Contre le camp des progressistes, une force politique qui n’existe pas encore, capable de coaliser l’ensemble des électeurs attachés à la continuité historique de la France, refusant, sous couvert d’«  arrangements raisonnables  », de signer la reddition avec soi, doit pouvoir se constituer. Les Français doivent être légitimés dans leur aspiration à se perpétuer dans leur être, à défendre ce qui fait leur spécificité. Nous considérons le moment propice à un changement, à un renouvellement dans le sens que nous portons. Les peuples se sont montrés dociles, ils ont voulu croire aux promesses du libéralisme économique et du gauchisme culturel, de la prospérité grâce à la destruction des structures économiques traditionnelles, aux promesses de fraternité universelle grâce au dépassement des nations et à l’ouverture des frontières, mais désormais, la catastrophe est là et ils ne s’en laissent plus conter. 

 

Lire aussi : Le conservateur vue par Chantal Delsol

 

S’il est urgent d’être conservateur, c’est que bientôt il sera trop tard. Cette singularité de la France à laquelle nous tenons infiniment et que nous voudrions voir se continuer est en lambeaux. Quel avenir pour la France comme patrie littéraire, après quarante-cinq années d’une école de l’ignorance, et à l’heure de l’écriture inclusive ? Quel avenir pour l’art français de la mixité des sexes, du jeu galant entre les hommes et les femmes à l’heure de la chasse à l’homme, au mâle blanc hétérosexuel, ouverte par les réseaux sociaux, et face à la volonté résolue des féministes de convertir la France au puritanisme américain  ? Quel avenir pour les paysages et la vie des régions rurales si l’agriculture intensive et l’élevage industriel finissent par avoir raison de notre modèle  ? Pareillement, pour l’industrie dont dépend le tissu social d’une nation, sa vitalité locale. Quel avenir pour la passion du monde commun à l’heure des revendications véhémentes de visibilité de la part des musulmans et de la sécession d’avec les lois écrites et non écrites de la République  ? Quel avenir pour la France quand l’islam recrute ses défenseurs les plus ardents parmi les progressistes, et que certains d’entre eux siègent sur les bancs de l’Assemblée nationale ?

 

La passion du monde commun

 

Balzac parlait de ces «  grandes choses d’un monde qui, dit-on, s’en va, et que tant de gens poussent sans le comprendre ». Ma conviction est que l’indifférence à l’égard de la disparition de certains traits spécifiques de la France vient de ce qu’ils ne sont plus compris. Là est la tâche que nous devons avoir le plus à cœur. On ne peut en aucune façon aimer et encore moins se sentir légitime à défendre le refus viscéral du multiculturalisme, l’exigence d’assimilation, et même la laïcité à la française, si l’on ne saisit l’esprit qui préside à ces piliers de l’identité française, à savoir la passion du monde commun.

Si les langues régionales ne pénétraient pas l’enceinte de l’école, c’était pour que tous les enfants de France, d’où qu’ils soient et d’où qu’ils viennent, parlent également la langue de Racine et de Hugo, que les mêmes vers les nourrissent et les habitent, qu’ils soient de Lille ou de Marseille. En dépit de ce que l’on nous serine, les droits de l’homme ne sont pas, n’étaient pas le fin mot de l’histoire de France, ni en France et surtout pas à l’école où l’enfant apprenait d’abord à devenir français, c’est-à-dire l’obligé d’un héritage.

 

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