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Marvel : Le comique de diversité

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Publié le

1 janvier 2018

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Jadis les super-héros Marvel, de Spiderman aux Quatre Fantastiques, étaient réservés aux lecteurs du magazine Strange. Depuis, la France s’est mise à l’heure des blockbusters Marvel, et Marvel, de son côté, a tenté de se mettre à celle de la diversité et de la théorie du genre.

 

Le génie de Stan Lee, co-créateur de tous les personnages fondateurs de la Marvel avec Jack Kirby et Steve Ditko, est d’avoir toujours su intégrer l’air du temps. Avec Spiderman, Lee et Ditko inventent le superhéros adolescent névrotique et détesté par l’opinion publique, et révolutionnent le genre ; tandis que le personnage de La Chose (The Thing en VO), membre des Quatre Fantastiques, est quant à lui, plus traditionnellement, un monstre de pierre inspiré du Golem. Malgré tout, Stan Lee a toujours eu soin de rester politiquement centriste : il ne prend jamais parti vis-à-vis des bouleversements des années soixante, du Vietnam au LSD en passant par les « Black Panthers ». La génération suivante de créateurs se permettra davantage de hardiesse.

 

Lire aussi : Minorités et jeux vidéo

 

Au début des années soixante-dix, Jim Starlin, père de Thanos (vu dans le film des Gardiens de la Galaxie), s’offrait dans Captain Marvel des trips cosmiques inspirés de ses « voyages » au LSD… Le scénariste objecteur de conscience Steve Engleheart, en 1974, fit abandonner à Captain America son costume étoilé, dégoûté qu’il était d’avoir découvert que le grand super vilain masqué chef de l’organisation d’extrême droite « Secret Empire » n’était autre que Richard Nixon. 

 

L’Homme au Comic, la femme au frigidaire

 

Aujourd’hui les comics ne sont plus qu’un petit secteur d’une grosse industrie comptant sur les films, les jeux vidéos et les produits dérivés. Jadis vendus dans tous les drugstores américains, ils ont, depuis les années quatre-vingts, commencé d’être distribués dans le cadre du « direct market », un système commercial s’adressant directement (et exclusivement) à sa cible. Cette évolution a eu pour corollaire le vieillissement du lectorat et sa nature particulièrement masculine, la gente féminine ne goûtant guère (du moins jusqu’à peu) aux plaisirs des comics’ shops. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles Alan Moore a abandonné les comics, fatigué de voir « des mecs blancs de 50 ans lisant encore les aventures de Green Lantern ».

C’est justement en 1999 à cause d’un épisode de Green Lantern où le héros découvrait sa petite amie assassinée et cachée dans son réfrigérateur, que l’ire explosa, des féministes américaines – la scénariste Gail Simone en tête. Cette dernière lança le site « women in refrigerators » et s’employa à contacter l’ensemble des lecteurs de comics présents sur la toile, son but étant de mettre les créateurs masculins face à leurs responsabilités et leur demander des comptes sur le traitement des femmes de papier toujours cantonnées aux rôles de victimes et accédant rarement à celui d’héroïne.

Depuis le milieu des années 10, la Marvel a accéléré le « grand remplacement » des personnages traditionnels, tous coupables d’être blancs et hétérosexuels.

La fronde prenant de plus en plus de poids via le relais des médias mainstream, Ron Marz, le scénariste de l’histoire mise en cause, fit acte de contrition. En 2014, Gail Simone monta d’un cran en accusant Milo Manara de pornographie sexiste à cause de sa couverture d’un épisode de Spiderwoman. L’industrie du divertissement américaine, c’est maintenant un fait connu, est de plus en plus basée sur l’agenda des démocrates. Se souhaitant en phase avec son époque et cherchant à élargir la base de son lectorat, la Marvel ne pouvait pas échapper au « sens de l’histoire ». 

 

Odin m’Bala m’Bala

 

Ainsi, dans le premier film de la série Thor des studios Marvel, c’est l’acteur noir Idris Elba qui joue le rôle d’Heimdall, dieu nordique gardien du Bifrost – ce chemin scintillant qui mène à Asgard. Bien sûr, les spectateurs qui s’interrogèrent sur ce choix particulier de casting assez éloigné des légendes nordiques furent aussitôt taxés de racistes et les bans furent fermés. Mais c’est dans les comic books, c’est-à-dire dans le matériau de base où viennent puiser les scénaristes des films Marvel, que la révolution est la plus étonnante.

 

© Paramount Pictures France

 

Si, déjà en 2011, apparaissait Miles Morales, l’alter égo latino de Spiderman, cette apparition prenait place dans l’Univers Ultimate, une collection précisément destinée à attirer de nouveaux lecteurs auparavant rebutés par quatre décennies de « continuité ». Le Spiderman classique inventé par Steve Ditko, par ailleurs grand sympathisant des thèses d’Ayn Rand (philosophie libertarienne), restait donc présent dans l’univers Marvel classique. Puis vint la relance des séries Marvel, baptisée « Marvel Now » et destinée, en repartant avec des numéros 1 et des personnages « dépoussiérés », à reconquérir des parts de marché perdues

 

Le Grand Remplacement des personnages Marvel

 

Depuis le milieu des années 10, la Marvel a accéléré le « grand remplacement » des personnages traditionnels, tous coupables d’être blancs et hétérosexuels. Thor est donc devenu une femme ; l’armure d’Iron Man est désormais habitée par une adolescente afro-américaine du nom de Riri Williams  ; Kamala Khan, une jeune musulmane, porte le costume de Ms. Marvel ; Hulk n’est plus Bruce Banner mais Amadeus Cho, un américain d’origine coréenne, et le Wolverine (Serval en VF) original est mort, lui aussi remplacé par une femme. Scandale absolu pour de nombreux patriotes américains : Captain America, s’il est resté, est apparu comme un agent dormant au service des nazis depuis toujours, avec malgré tout un « gentil » Captain noir en bonus.

 

@Marvel Comics – Panini Comics

 

Si d’autres personnages WASP sont restés présents, ils n’en ont pas moins effectué leur coming out, comme Iceman, le X-Man  au pouvoir de glace, présent depuis 1963 et dont on ne connaît donc que depuis peu l’orientation sexuelle véritable ! La Marvel a également pratiqué la « discrimination positive »  en donnant davantage de séries iconiques à des auteurs telle Gail Simone, et en proposant l’écriture du super-héros africain Black Panther (bientôt au cinéma dans une version très rap) à Tanehisi Coates, un écrivain afro-américain historien de sa communauté.

 

Qui veut d’un héritage merdeux ?

 

Les progressistes de la Marvel auraient pu sabrer le champagne en compagnie de Gail Simone, si un petit détail n’avait pas gâché la fête : ces comics d’un nouveau genre ne se vendent pas. Interrogé, un responsable des ventes de la Marvel confie : « C’est ce qu’on a vu dans les ventes. Tous les personnages de la diversité, tous les nouveaux personnages, tous les personnages féminins, tous ceux qui n’étaient pas des personnages de base de la Marvel, ont fait fuir les gens. » Seule exception à la règle, le relatif succès de Ms. Marvel. Son auteur, G. Willow Wilson, a analysé la déroute globale en ces termes : « La diversité sous forme de culpabilité en action ne marche pas. » Avant d’ajouter, en critiquant la nouvelle tendance de la Marvel : « Tuer ou humilier les personnages originels ? Qui veut d’un tel héritage, s’il est merdeux ? »

 

Lire aussi : Mythique Alan Moore

 

Conséquence directe de cet échec éditorial, on assiste à un retour aux bases avec Marvel Legacy, une série d’histoires remettant en place des héros disparus depuis quelques années, comme le Wolverine mâle, mais aussi la fin de Thor dans son occurrence féminine. Bien sûr, il est impossible de revenir au statu quo antérieur et tout le succès de l’équipe marketing de la Marvel dépendra donc de sa capacité à attirer de nouveaux lecteurs de toutes origines, sexes et âges, sans s’aliéner pour autant le public des types blancs de 50 ans qui lisent toujours Spiderman.

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