Minorités et jeux vidéo : l’ère de l’intolérance ?

 

L’industrie vidéoludique est la première industrie culturelle dans le monde, son chiffre d’affaires représentant près du double de celui du cinéma. Il est donc logique que ce secteur soit désormais soumis à des pressions similaires de la part de ces minorités de plus en plus visibles, qui entendent soumettre la création à leurs petits narcissismes particuliers. Et l’art dans tout ça ?

 

Longtemps considéré comme une passion de personnes semi-autistes, le jeu vidéo fait aujourd’hui pleinement partie de la pop-culture mainstream. Les succès des salons spécialisés comme l’E3 à Los Angeles (ouvert au public depuis peu et qui attire de plus en plus de monde chaque année) ou la GamesCom de Cologne qui bat des records de fréquentation d’année en année, en témoignent. Malheureusement, les travers de l’époque se sont greffés sur cette reconnaissance du grand public.

Ainsi, la question de la visibilité des minorités au cinéma et à la télévision s’est imposée du fait du militantisme forcené de partisans du « droit des minorités ». Un film ne représentant que des personnages blancs et hétérosexuels ? Hérésie ! Un film sans acteurs de couleur ? Un scandale ! Un film ne prenant pas en compte tous les genres possibles et imaginables ? Relents réactionnaires en vue ! Ce cahier des charges nuit souvent à la création. Poussé à l’excès, il en arrive à une relecture de l’Histoire et des mythes.

Le début de la « meme war » ?

Ce débat sur la visibilité des minorités s’est glissé dans le monde du jeu vidéo. BioWare, société canadienne développant des jeux de rôle depuis 1995, a connu de grands succès avec Baldur’s Gate, Dragon Age et plus récemment la trilogie des Mass Effect. Reconnue pour ses qualités d’écriture, BioWare disposait de forums internet très actifs permettant aux joueurs de donner leurs avis directement, lesquels étaient occasionnellement gratifiés d’une remarque ou d’une réponse émanant directement d’un développeur ou d’un responsable du studio.

Succès immédiat en 2007, Mass Effect est l’un des meilleurs Space Opera de ces dernières années. Jeu de rôle au même titre que les précédentes productions du studio, celui-ci se définit par une possibilité de choix laissés au joueur afin de créer son personnage, y compris pour ce qui concerne ses relations amoureuses. C’est à partir de ce moment que certaines voix se sont élevées sur les forums afin de pousser les scénaristes à inclure des relations amoureuses entre races extraterrestres différentes, voire de réécrire certains personnages pour les faire entrer dans la case « bisexuelle ».

La trilogie Mass Effect prenant en compte les choix des joueurs, il fut décidé de satisfaire aux demandes des bruyantes minorités LGBT présentes sur les forums consacrés au jeu. Pour complaire aux « Social Justice Warriors » obtus et revendicatifs, les scénaristes ont intégré dans le dernier volet de la trilogie des personnages aussi bien hétérosexuels, que bisexuels et homosexuels. Pourquoi pas après tout ? Problème, ces ajouts au forceps ont alourdi le scénario du jeu, incluant des personnages mal écrits et anecdotiques — dont les apparitions ne se justifiaient que par leur orientation sexuelle.

Social Justice Warriors contre geeks réactionnaires ?

Les forums de BioWare ont été fermés. Les joueurs et les forumeurs se sont opposés, souvent violemment, dans des discussions autour des éventuels changements à apporter à la trilogie Mass Effect. Si le sujet peut sembler anodin puisqu’il a été limité à une sphère privée, il est néanmoins symptomatique de l’ampleur prise par les tenants de l’idéologie du progrès. BioWare n’ayant jamais été un studio « conservateur » (le studio avait déjà créé des personnages aux mœurs différentes), les pressions du lobby LGBT étaient fort surprenantes.

Rebelote, quand Electronic Arts a décidé de produire une suite. À cette nuance près que les joueurs LGBT ont demandé l’ajout de personnages transsexuels. Mais peu avant la sortie de Mass Effect Andromeda en mars 2017, les forums ont été fermés sans plus d’explications. Pour certains, l’orientation sexuelle et la construction de stéréotypes prenaient le pas sur la qualité de l’écriture, du game design, ou de la cohérence de l’univers. N’est-ce pas inquiétant ? Le jeu a été un échec commercial.

Dès la sortie, les joueurs militants se sont écharpés sur YouTube et les réseaux sociaux, multipliant les polémiques. Une partie des joueurs reprochaient au studio de n’avoir pas été assez loin dans la variété de ses personnages quant aux orientations sexuelles. D’autres accusaient le studio d’avoir taillé à la serpe les personnages féminins pour qu’ils ne soient pas « parfaits », ou d’avoir réduit au strict minimum la présence de personnages blancs. Difficile de prendre partie.  Notons cependant que l’un des personnages principaux a été enlaidi sans guère de raison logique. Le fait a été soulevé par un youtubeur français.

Tandis que Lancelot devenait noir dans une série télévisée, le « droit des minorités » faisait une entrée fracassante dans le monde du jeu vidéo. Au nom d’un égalitarisme, devenu partout véritable négation de l’équité, des studios  s’agenouillent devant les gardiens de la correction politique. Dans le prochain Call of Duty (novembre 2017), il y aurait des soldats de la Werhmacht  noirs ? Il n’est évidemment pas ici question de refuser la présence de personnages noirs ou homosexuels dans le jeu vidéo. Pourtant, à trop en faire et parfois de façon ridicule, les militants d’un jeu vidéo déconstruit risquent fort de provoquer le contraire de ce qu’ils veulent imposer — développer des tensions communautaristes au sein des joueurs. Quand l’appel à la tolérance se fait totalisant, l’intolérance s’impose toujours.

 

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ehayek@lincorrect.org

Commentaires

  • Robert Patulacci
    9 octobre 2017

    Très bon article, qui relève avec pertinence et profondeur le « double-bind » auquel l’époque est soumise : voir la réalité tout en ne la voyant pas. Les faibles d’esprit en seront les premières victimes.

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