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Céline Minard : apocalypse radieuse

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Publié le

19 septembre 2025

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L’un des romans les plus ambitieux et les plus attendus de cette rentrée, Tovaangar de Céline Minard, nous projette dans un monde post-apocalyptique utopique et luxuriant. Étonnant, virtuose, mais assez vain.
© Rivages

Céline Minard propose depuis vingt ans une littérature chic et singulière, recyclant les genres mineurs (western, manga, SF) avec style et visées inédites. Dans Tovaangar, elle entraîne son lecteur à la découverte d’une Los Angeles du futur totalement transformée, à l’instar des créatures qui l’habitent, dans leurs rapports entre elles et dans celui qu’elles entretiennent avec l’environnement. Une grande crise écologique a eu lieu et a accouché d’un monde en grande partie inédit, mais moins madmaxien que résilient, profus, empathique. Amaryllis Swansun part en expédition avec sa dronotte, un robot volant et intelligent, bientôt accompagnée d’un Gros-Cerveau, sorte d’humain des cavernes réanimalisé, et tous trois se mettent sur la trace d’une « hydro », créature aquatique noire et jaune. On traverse avec cet étrange trio grottes et terriers ramifiés, on l’observe communiquer avec un chêne ou s’extasier, parfois, devant certains paysages – désert, ruines du monde d’avant, et gratte-ciel subsistants. Cette expédition est une aventure au sens primordial du terme, dans la lignée d’un Perceval traquant dans Brocéliande une créature étrange. Sauf qu’il ne s’agit plus d’un retour à la forêt enchantée mais de la découverte d’un nouveau paradigme civilisationnel ; et que la seule créature étrange y serait l’homme d’aujourd’hui, rebaptisé « extract », vampirisant une nature perçue seulement comme un ensemble de ressources à exploiter.

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Un roman post-humaniste

Tovaangar est le premier roman aussi radicalement post-humaniste de la littérature française. La civilisation humaine corrompue y est désignée du nom de « Sauvagerie », et la hiérarchie philosophique soumettant la Création à l’homme s’y trouve savamment abolie. Ne restent plus que des corps habitant divers biotopes, qu’il s’agisse d’écureuils, de rongeurs, de robots ou de femmes, chacun pratiquant sa culture indigène, exploitant ses facultés singulières et communiquant selon ses moyens propres. Une nouvelle harmonie s’est établie sur les décombres de l’ancien monde fondée sur un respect scrupuleux entre toutes formes de vie. Un grand nivellement bienveillant et empathique semble avoir permis un déploiement sans précédent de la diversité animale et post-humaine. Partout la communication la plus hétéroclite s’est substituée à la prédation. De quoi fournir un minerai narratif inépuisable à l’autrice lancée dans une exposition profuse, habile et détaillée de cette biosphère grouillante et régénérée.

Et post-narratif

On plonge dans Tovaangar comme dans du Volodine optimiste, où la confusion générale serait lumineuse et la faillite d’homo sapiens une bonne nouvelle. Même si le texte vire parfois au pensum de biologie, on reste impressionné par le défi formel et la radicalité de l’approche. Cela étant, si le roman évite l’écueil de la thèse utopiste, notamment par son irréalisme patent, il se trouve rapidement dépourvu d’enjeu. Ce monde réconcilié se suffit à lui-même, décrire ses lois demeure la seule motivation de la poétesse, sa profusion tourne à vide. On s’étonne, puis on s’ennuie ; comme toujours, quand l’homme risquant sa liberté quitte la scène – et qu’importe, alors, la qualité du chœur restant.

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