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« Put your soul on your hand and walk » : la mort pour marketing

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Publié le

30 septembre 2025

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Sensation people et politique de Cannes 2025, « Put your soul on your hand and walk » tente de documenter Gaza après le 7 octobre mais n’aboutit qu’au maternage odieux et funeste de la jeune photojournaliste Fatma Hassouna.
© Put your soul on your hand and walk

Fatma Hassouna, cette jeune photojournaliste palestinienne qui rendait compte de l’offensive israélienne post-7 octobre sur Gaza a été tuée avec presque toute sa famille lors d’un bombardement de Tsahal le 16 avril 2025. Soit une journée après l’annonce de la sélection à l’ACID Cannes de Put your soul on your hand and walk de Sepideh Farsi. De quoi faire exploser la promotion. La réalisatrice iranienne, exilée en France depuis ses 16 ans, y filme sur son portable la jeune femme qu’un réfugié palestinien croisé en Égypte lui a présentée par Zoom. Le but officiel est de témoigner de la survie des civils à Gaza. Le dispositif-miroir est que les deux femmes se voient chacune sur le téléphone de l’autre, tandis que l’Iranienne filme le sien sur lequel apparaît Fatem, le surnom de Hassouna. Elle en profite pour cadrer son intérieur ou les multiples chambres d’hôtel qu’elle occupe. L’obscénité du contraste ne la frappe pas, sauf quand, annonçant rentrer de la plage, elle s’excuse de ne pouvoir faire plus pour elle, après un infime silence de Fatem qui, magnanime, lui répond « Tu es à mes côtés, c’est suffisant. »

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Farsi fait la leçon

Ce blanc-seing de la première concernée est là pour la forme. La distance entre les deux femmes n’est jamais comblée par la soi-disant empathie de l’Iranienne qui profite de leurs discussions, différence d’âge aidant, pour tenter de faire son éducation féministe. Fatem croit en Dieu qui lui permet de tenir sous les bombes ? Elle devrait se déprendre de cette illusion. Elle porte le voile depuis quand ? Beaucoup de Palestiniennes le portent, non ? Et alors que la jeune Palestinienne lui a confié un peu plus tôt s’être réfugiée avec toute sa famille dans un abri, Farsi lui conseille de lire Une chambre à soi de Virginia Woolf. Si Put your soul on your hand and walk documente quelque chose, ce n’est pas la survie à Gaza, mais bien la mort de toute décence commune. L’Iranienne demande à Fatem si le confinement du COVID n’avait pas été plus dur et la jeune femme lui répond que non, qu’elle avait appris le morse sur son ordinateur portable. « Moi, quand j’étais en prison (NDLR : sous les mollahs), je communiquais en morse avec les filles des autres cellules. »  Où l’on voit que la situation intenable des Gazaouis n’en empêche pas moins Farsi de se faire reluire. Et pendant ce temps, Fatem perd dans les bombardements une partie de sa famille, sa meilleure amie, le goût de vivre. En début de film, l’Iranienne qualifie les Gazaouis de « morts en sursis » et, quelques plans plus tard, la même interrompt la conversation avec Fatem pour ouvrir la porte à son chat et filmer le salon et son cadre de vie cosy, comme si l’animal importait soudain bien plus que son « amie ». Intercalant chaque échange d’extraits de journaux télévisés et de photos de Fatem dénuées de tout contexte, Farsi attend le dernier quart d’heure pour montrer un plan-séquence filmé par la jeune femme sans nommer le lieu (Jabaliya, au nord de la bande de Gaza). On réalise que l’Iranienne aurait dû commencer par là et faire sien le titre de Sacha Guitry, Donne-moi tes yeux. Mais c’est trop peu et trop tard.

Un enjeu occulte et obscène

Put your soul on your hand and walk est traversé par un suspense inconsciemment douteux sur la survie de Fatem. Lors d’une rupture de connexion après une explosion, Farsi se filme en train de rappeler en panique la jeune femme. Celle-ci déclare que la bombe est tombée à côté. Le rapport qui se crée entre les deux est totalement faussé car la résolution dramatique la plus satisfaisante serait que la Palestinienne meure pour ancrer le film dans l’irrémédiable. Si le tournage a duré d’avril à novembre 2024, sa mort ne surviendra que six mois après, faisant du film un évènement mondial, ce à quoi sa qualité ne le prédisposait certes pas. Pendant que Fatem met sa vie en danger, Farsi se réserve l’unique crédit. Piégée par le blocus israélien, la jeune femme l’est une seconde fois par le regard de l’Iranienne. Qui sait même si le film n’aurait pas désigné la journaliste comme cible ? Si Tsahal affirme avoir visé un membre du Hamas et veillé à éviter les victimes civiles, selon la rapporteuse spéciale des Nations unies pour les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, Fatima Hassouna aurait été ciblée en tant que chroniqueuse du massacre des Gazaouis, ce que semble affirmer également Farsi sans sembler comprendre que si tel était le cas, c’est elle qui l’aurait désignée aux missiles de l’armée israélienne. Trop occupé à se mirer dans sa propre projection héroïque, Farsi n’a rien vu de ce qu’elle montrait. Un comble pour une prétendue cinéaste.

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