Il a le verbe précis et la gouaille chaude du Midi. Nicolas Pagnol, 52 ans, n’a rien du petit-fils mondain ou du gestionnaire compassé d’un héritage illustre. Il parle avec des mains d’artisan et un accent de paysan lettré : « Moi, j’étais assistant réa, j’ai travaillé sur Le Placard de Francis Veber, sur des pubs… mais j’en avais assez des plateaux. C’est ma grand-mère qui m’a demandé de reprendre les affaires familiales. » Ce fut une mission, presque une rédemption. À 25 ans, il se penche sur la poussière des bobines et découvre enfin « son » Marcel.
Il dit cela avec une émotion contenue : « Tous les dimanches, on allait déjeuner chez Dab, avenue Victor-Hugo. Elle me racontait son Marcel. » Et lui, le petit-fils qui n’a connu qu’une petite année son illustre ancêtre, le retrouve dans les manuscrits, la correspondance, les carnets : « Il faudrait trois vies pour avoir la vie de Marcel Pagnol. » Il a tout lu, presque tout restauré, compris enfin que « le paysage de Pagnol, c’est l’âme humaine ».
Sous ses airs tranquilles, Nicolas Pagnol est un homme de guerre : celle du patrimoine et de la mémoire. Il préside la Compagnie méditerranéenne de films, les éditions de la Treille et le fonds de dotation chargé des terrains d’Aubagne : « Je restaure, je diffuse, je veille. Avant, les films étaient dans un état lamentable. On a tout repris : la rétrospective Carlotta Films a fait 45 000 entrées. Pour un cinéma de près d’un siècle, c’est énorme. »
Il parle de son grand-père comme d’un contemporain : « Il disait : “C’était une époque bénie où la nation n’appartenait pas encore à l’État.” » Cette phrase, Nicolas la répète souvent, comme un viatique contre le temps présent. Lui-même n’est pas dupe de l’époque : « On vit dans la génération du poisson rouge : les jeunes ne se concentrent plus, ils scrollent. » Mais au lieu de s’en lamenter, il tend la main : métavers, jeu vidéo, BD, etc. Mais surtout le dessin animé Marcel et Monsieur Pagnol de Sylvain Chomet, en salles depuis le 15 octobre avec le rappeur SCH. « Certains ont crié au blasphème. Moi, je trouve ça formidable. Opposer culture urbaine et culture classique, c’est stupide. »
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Cette fidélité à l’esprit du grand-père ne l’empêche pas d’affronter la brutalité du monde moderne. Le combat qu’il mène pour le Château de La Buzine, vendu par Marcel puis racheté par la mairie, est devenu une affaire d’honneur. « Ces gens-là sont des iconoclastes. Ils veulent détruire. C’est la table rase. »
Il dit cela sans haine, mais avec cette colère calme de ceux qui savent ce qu’ils défendent : une mémoire populaire, enracinée, joyeuse, qui échappe aux catégories politiques. Car Pagnol n’est pas un auteur régional, c’est un moraliste. « La Provence, c’est le décor. Son vrai paysage, c’est l’homme. Il ne montre pas des héros parfaits ni des salauds totaux. Il nous montre un monde en demi-teinte. »
Ses trois enfants connaissent le nom qu’ils portent : « Ils sont fiers de leur père, plus que du nom. » Il n’a pas la ferveur d’un militant, mais la foi tranquille d’un homme de devoir : « Marcel pensait qu’il fallait la connaissance et la spiritualité pour une société cohérente. Je crois qu’il avait raison. »
Quand on lui demande si cette mission a une fin, il rit : « Le jour où je mourrai, peut-être. » En attendant, il rêve d’un musée Pagnol, des collines d’Aubagne reconstruites, de beaux stylos, d’huile d’olive, de vin et de pastis : « Si je ne le fais pas, d’autres le feront à ma place. »





