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La taillanderie est-elle de droite ?

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Publié le

2 janvier 2026

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L’actualité récente nous a montré que le sapin de Noël est aussi politique qu’une constitution et le foie gras un marqueur de civilisation aussi manifeste que le droit de vote. Mais comment décider à coup sûr ce qui est de droite ou de gauche ? Notre chroniqueur Richard de Seze répond.
© DR

La taillanderie, c’est « l’ensemble des outils et instruments tranchants fabriqués par le taillandier » ou « l’art de fabriquer des fers tranchants et des outils utilisés par les agriculteurs, les terrassiers et certains artisans », comme les charpentiers. Le mot date du xve siècle et l’usage s’en était perdu : qui prend encore le temps de forger des ébauchoirs, des bédanes et des cisaigües, sans parler des clameaux, des houettes et des départoirs, outil pourtant idéal pour la fente des tavaillons ?

Comme je suis habile de mes mains comme un cochon de sa queue, je rêve souvent devant les outils comme un cul-de-jatte devant des chaussures : c’est-à-dire que je ne me contente pas de regarder avec concupiscence n’importe quelle massette Leroy Merlin, je lorgne les outils professionnels et je m’enivre des descriptifs où les rabots cumulent deux essences de bois. Comme il ne s’agirait pas de tomber dans l’admiration des très boboïsants néo-forgerons qui forgent avec frénésie des canifs précieux pour oublier leurs années de consulting, je regarde avec méfiance tous les couteliers artisanaux. En revanche, un taillandier qui vante ses clameaux, crochets doubles qui servent à brider provisoirement les grumes ou les pièces de charpente, ou un forgeron qui célèbre une houe en forme de cœur forgée en Italie, idéale pour « biner, émotter, écrouter, sarcler, hacher […] » ou un bigard, parfait pour décavaillonner, voilà qui m’enchante.

Lire aussi : Les outils sont-ils de droite ?

On a l’impression que déjà le hallier a disparu, déjà les cailloux ont été retirés, déjà le sol a été travaillé, et de ces formes métalliques, évidentes comme une branche mais précises au millimètre près, les récoltes paraissent jaillir comme de cornes d’abondance ; et les taillandiers de nous assurer qu’ils peuvent adapter, dans la mesure du raisonnable, la courbure, la longueur, le tranchant des fers, pourvu qu’on sache leur décrire le sol qu’on va travailler, le bois qu’on va couper, la posture qu’on adoptera et la taille du travailleur, afin que tout soit fait à sa main et que chaque effort produise son plein effet. Chez ces taillandiers, les manches ne sont pas en corne de zébu, en bois exotique, en dent fossilisée ou en malachite, et on ne vous parle pas de lames damasquinées : les manches sont en cormier, en orme ou en buis, on vous propose de ne pas les vernir pour les avoir mieux en main. On sent ces artisans exaltés à l’idée de retrouver un geste antique et chez ces zélateurs du travail manuel soufflent des vents contraires, entre forge à induction bien plus pratique qu’une forge chauffée au charbon et éloge lyrique du champ travaillé à la houe et pas au motoculteur. Ils sont à deux doigts de rêver d’une France recouverte de petites forges pour alimenter en haches françaises des bataillons complets de paysans désirant faire leur bois dans les haies repoussées.

Moi, en attendant, je rêve devant leurs maigres catalogues dont le splendide dépouillement contraste avec bonheur avec les 5?000 références plasticoïdes des enseignes de bricolage. Le taillandier, artisanal, traditionnel, curieux et obstiné est de droite.

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