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Les outils sont-ils de droite ?

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Publié le

3 décembre 2025

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L’actualité récente nous a montré que le sapin de Noël est aussi politique qu’une constitution et le foie gras un marqueur de civilisation aussi manifeste que le droit de vote. Mais comment décider à coup sûr ce qui est de droite ou de gauche ? Notre chroniqueur Richard de Seze répond.

J’ai retrouvé récemment, dans une caisse oubliée, un marteau-hache-arrache-clous qui réunissait en un seul outil tout ce dont on avait besoin à l’époque où on envoyait aux quatre coins du monde des caisses en bois remplies de livres, de vêtements et de pendules de bronze, enveloppées dans des caleçons longs. Il paraît que tout arrivait, mais c’est une autre histoire. Avec le trois-en-un, on arrachait les clous, on défonçait les planches, ou au contraire on achevait de clouer la caisse après avoir rectifié le clou mal planté. Le fer est propre, le manche est poli, on sent l’usage.

Je me suis pris à rêver à tous ces outils imaginés au fil des siècles, depuis le premier silex taillé et le premier propulseur en os jusqu’aux perforateurs électriques (à poignée Softgrip) en passant par le tarabiscot, la houe et le cordeau traceur, et même le mystérieux « appareil à mettre les roues droites en cage » que j’ai vu, petit, dans la vitrine d’un horloger. Je revenais obstinément contempler cet objet au pouvoir si effrayant et je me demandais ce qu’avaient bien pu faire les roues. Est-il rien de si humain que ces outils imaginés, lentement perfectionné, forgés et emmanchés des siècles durant pour s’adapter le plus précisément à la matière travaillée, sol, bois, tissu, pierre ou viande, à la manière de la travailler et à celui qui la travaille ?

Lire aussi : Les assiettes vides sont-elles de droite ?

Comme toutes les choses humaines, les outils se sont merveilleusement divisés sous toutes les latitudes, au gré des terroirs et des métiers, des ressources et des habiletés. Je ne dis pas qu’ils sont le propre de l’homme puisqu’on a vu un corbeau utiliser un bâton et un poulpe se protéger avec une noix de coco ; mais enfin, tout ça ne vaut pas un marteau-hache-arrache-clous, ni toutes ces merveilleuses variations aux noms qu’on aimerait, là encore, réciter en litanie : l’épaule de mouton est « une hache à un seul biseau, utilisée par le charpentier pour équarrir le bois », le hucholot est la hache des sabotiers, l’essette du couvreur en ardoise est « une hache-marteau qui permet de travailler les bois de charpente », la doloire est pour le tonnelier… Et pourquoi s’arrêter aux haches ? Bigorne, mordache, velte et bédane, hapchot, estrapade, gouge brettelée et coutre, rouanne, drille, guillaume, conscience et bondonnière, sans parler des demoiselles et des ramponneaux (tout cela a quand même plus de charme que « chalumeau oxyacétylénique », battu à plate couture par « gradine à point d’orge »).

Ils me paraissent concentrer, dans leurs noms devenus presque fabuleux comme dans leurs formes aussi étranges que familières, la quintessence d’une espèce pour qui le monde mérite cinquante haches différentes et vingt modèles de houes. Lentement nés du caillou et du bâton, de la mâchoire du serpent et de l’épine, les outils promettent au pire des bricoleurs un instant de maîtrise et la sensation enivrante de cheminer là où tous les humains l’ont précédé dans la maîtrise de l’inerte. Coutumiers, distincts, précis et néanmoins souples d’usage, faits à la main de l’homme, les outils sont de droite.

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