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Selon le conte d’Andersen, il y aurait toujours un enfant pour dire que « l’Archiduc est nu ». Il aura fallu qu’un organisme international classe la France 34e sur 50 en niveau de lecture pour qu’un débat émerge timidement. Alors puisqu’on y est, allons-y franchement.
Le très sérieux Pirls (Progress in international reading literacy study) publie tous les cinq ans une enquête fouillée sur le niveau de lecture des enfants. En l’occurence, les élèves du CM1 en France sont soumis à un QCM et à un exercice de lecture. Le but est de discerner si les enfants sont capables non seulement de lire mais aussi de comprendre le sens du texte. Le tout dernier classement montre des performances faiblardes, légèrement au-dessus de la moyenne mondiale mais en-deçà de la moyenne européenne. La Belgique est le seul pays européen plus mauvais. Mais surtout, la France régresse. Ses élèves sont de moins en moins armés pour comprendre un texte.
Témoignage d’un professeur incorrect: « Si on montrait cent copies de brevet tirées au sort un soir au JT, les Français seraient effarés de ce qu’ils verraient; des adolescents qui ne savent plus écrire une phrase, ou un petit paragraphe correctement, c’est à-dire avec une majuscule, un point… Ils ignorent souvent les règles de base de la ponctuation. Sans compter l’incompréhension du vocabulaire de base. Il n’est pas rare que des élèves de 3e par exemple demandent ce que signifie les mots “ressources” ou “atouts”. Les élèves capables d’écrire un petit texte correctement sont devenus une minorité. » Qu’en pense Luc Ferry ?
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Pas de liberté sans autonomie. Le concept de démocratie repose sur la croyance absolue que chaque voix vaut l’autre. Et que chaque citoyen est suffisamment armé intellectuellement pour faire son choix. Mais quelle valeur donner au choix d’un citoyen incapable de formuler une phrase correcte ou de comprendre un texte ? Les enfants évalués par cette enquête il y a cinq ans sont aujourd’hui au collège. La faiblesse de leur niveau leur accroche un boulet aux pieds qui les freinera toute leur vie s’il ne les immobilise pas définitivement. Sans esprit critique, ils seront livrés à la consommation et à la démagogie. Tout le monde le sait depuis longtemps. Et tout le monde connaît les coupables de cet effondrement.
En parlant d’eux, un de ces héros que la France est toujours prompte à adouber semble surgir de l’anonymat. Jean-Michel Blanquer rassemble les fuyards et sonne la charge contre les pédagogistes. Il lance les téléphones par les fenêtres, compte imposer une dictée quotidienne, et sort régulièrement une nouvelle contre-offensive pour retrouver une école à l’ancienne, débarrassée des méthodes catastrophiques qui se prennent le retour de bâton de la réalité. Aujourd’hui plus aucun professionnel de l’enseignement ne défend la méthode globale. Mais les administrations ont une inertie gigantesque, et avant de pouvoir renverser le Mammouth il va falloir faire preuve de volontarisme, et surtout de constance.
Jean-Michel Blanquer est-il seulement la caution de droite d’un gouvernement qui ne voulait pas trop ressembler au précédent? Jusqu’à présent il est soutenu de manière discrète mais ferme par son Président. Emmanuel Macron est un businessman, ce qui induit un certain pragmatisme. Quand ce pragmatisme est orienté dans le bon sens, comme c’est ici le cas, c’est efficace. Pourquoi ne pas s’inspirer des initiatives d’Espérance Banlieues, dont le pragmatisme a déjà fait ses preuves et qui rencontre un succès grandissant.
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