J’ai demandé à une IA de résumer l’intrigue du nouveau roman de Jean-Hubert Gailliot. C’était il y a quinze jours. Elle mouline toujours. L’histoire se passe dans un monde parallèle à la fois plausible et décalé. Une « grande crise » a eu lieu, de nature inconnue. Détail troublant, cette crise a été précédée d’une épidémie de comportements sexuels bizarres au sein de la population. Nous voici maintenant dans une cité dont les rues portent des noms abstraits : place des Réformes, rue des Apostats, rue des Prophètes, rue de la Sérendipité, etc. Tout commence dans un immense lotissement pavillonnaire, construit sur le site d’une ancienne base militaire. Les habitants d’un pavillon s’inquiètent : leurs voisins d’en face ont disparu. Plus exactement, on ne les a plus vus depuis un moment. Leurs volets n’en continuent pas d’être ouverts et fermés tous les jours, et le courrier relevé dans la boîte. Comme si la maison continuait de vivre toute seule… D’autres bizarreries apparaissent, telles ces erreurs dans les exemplaires d’un vieil annuaire téléphonique de 1997, qui indique des noms de rues imaginaires. De tels mystères, quoique mineurs, perturbent la tranquillité publique. « Nos concitoyens ont parfois l’impression de vivre entourés de fous et de perdre eux-mêmes la raison. » Pour y voir clair, les protagonistes recourent aux services d’une drôle d’agence, « l’Ami universel ». Une sorte de club d’entraide, ou de cabinet d’enquête. À moins que ce soit une officine politique ?
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Dérèglement du réel et magie littéraire
Jean-Hubert Gailliot cite Le Château de Kafka en épigraphe. Il aurait pu citer aussi David Lynch, ou Quentin Dupieux. On se demande dans quelle case ranger cet Ami : ce n’est ni un polar, ni un conte métaphysique, ni une dystopie, ni un récit à énigme. Ce n’est pas non plus un récit comique, en dépit de l’humour décalé qui l’imprègne, et du ton détaché de ses mystérieux personnages, les tenanciers de l’Ami universel – ils se cachent derrière le mot « nous », on ne découvrira leur identité qu’à la toute fin. Faute d’interprétation évidente, chacun décidera comment il souhaite lire ce roman non-euclidien, qui semble s’inscrire dans la tradition des récits de paranoïa, de manipulation et de dérèglements du réel.
Amateur d’intrigues à tiroirs et de dédales, Gailliot multiplie les intrigues dans l’intrigue, avec notamment l’histoire d’un livre écrit par un certain Elliott Jungaarthie (anagramme de… Jean-Hubert Gailliot). Ce livre, aux dires de ses lecteurs, « grossit à mesure qu’on avance dans la lecture », devenant de plus en plus épais. Comme tout bon mystère, plus impénétrable à mesure qu’on l’éclaircit. Gailliot dévoile des extraits de ce livre, écrit sous forme de journal, avec des dates absurdes (168 mars, 33 avril, etc.). Ce sont des microfictions fantastiques, dignes d’un Jacques Sternberg. Comme celle-ci, qui justifie à elle seule le roman : « Après mon bain, je veux effacer la buée sur la glace au-dessus du lavabo. Mon geste est-il trop énergique ? J’efface aussi mon reflet. »






