NOUVEAUX APÔTRES
THY WILL BE DONE, SuicideBoys, G59, CD 16€99
SuicideBoys est parvenu au sommet en quelques années, passant des petits clubs enfumés de la Nouvelle-Orléans, d’où sont issus les deux cousins, authentiques white trash issus de la scène punk du bayou, aux tournées des stades mondiaux. Le tout en créant presque un style à part entière : le hip-hop dépressif, bricolé dans leur chambre à base de boucles trap et de beats agressifs, servi par des paroles très éloignées des clichés qu’on se fait habituellement sur le rap : addiction aux drogues, dépression, bipolarité et déceptions amoureuses. Si la hargne est toujours intacte malgré le succès, Scrim et Ruby ont trouvé la lumière et ce nouvel album s’inscrit tout entier sous la bienveillance du Christ retrouvé, qui leur a permis d’échapper au pire – et notamment à l’héroïne. L’album trouve parfois ses limites quand il oublie un peu trop leurs racines sombres, tutoyant parfois le mainstream d’un Insane Clown Posse, mais la touche SuicideBoys est toujours là, particulièrement percutante sur certains titres d’inspirations biblique où les deux cousins rappent à toute berzingue, comme des prêcheurs allumés. Marc Obregon
L’ESPOIR DE LA RENTRÉE
SO MUCH COUNTRY ‘TILL WE GET THERE, Westside Cowboy, Universal Music, CD 11€99
Ça commence comme un titre du Velvet Underground interprété par la chanteuse de Big Thief. Mais ce n’est ni l’un ni l’autre. Deux accords, un violon qui tient la note comme un drone, de la tension et de l’émotion. Il en faut peu pour que ce soit réussi, mais ce « peu » est rare. Le titre s’arrête, un autre commence. Nous voilà ailleurs. Une autre voix, celle d’un homme. Tout ici est vrai, organique. Cela paraît con, mais on entend peu de disques qui donnent l’impression que le groupe est là, juste à côté, dans la pièce à quelques mètres de nous. C’est le cas de cet EP de Westside Cowboy, groupe de Manchester qui suggère pourtant l’Amérique, à la fois chic comme une bande de New-Yorkais de Brooklyn, profond comme un ensemble de country de qualité, et ayant un sens des mélodies et une intégrité qui rappelle Guided By Voices. Sans rire, Westside Cowboy est sans doute le plus bel espoir musical de cette rentrée hivernale. Emmanuel Domont
À LA SUITE DE MELODY NELSON
CHAPTER 1, Sault, Forever Living Originals, CD 18€99
Melody Nelson, de Serge Gainsbourg, est sans doute l’un des albums les plus importants du xxe siècle. Au moins par son influence capitale, c’est indéniable. Je doute que Gainsbourg, Vannier son arrangeur, et Dave Richmond le bassiste au son inoubliable, pensaient offrir une telle matrice pour les musiciens des décennies suivantes. Il serait trop long de tous les énumérer. Disons que du rock au hip-hop en passant par la soul moderne, le pillage en règle de cet album fut de mise, et c’est tant mieux : la preuve avec ce nouveau disque du mystérieux producteur Sault. Si l’ensemble manque de véritables singles (c’était d’ailleurs également le cas de Melody Nelson), l’élégance de chaque titre, la délicatesse des textures sonores, sont remarquables. Les arrangements cordes aux envolées langoureuses et presque orientales, façon Mille et Une Nuits, agissent comme des volutes envoûtantes. Aux côtés d’Adrian Younge, Sault est désormais devenu l’un des maîtres du son qui doit donc autant à l’album de Gainsbourg, qu’à la soul américaine de ces mêmes années 1970. Quentin Tarantino pourra compter sur eux pour les bandes-originales de ses prochains films. ED





