On est à Lugdunum, future Lyon, capitale des Gaules, sous le règne de Marc Aurèle en 177 précisément. À cette époque, le christianisme se développe et, malgré un régime de persécutions « par opportunité » (ne pas traquer les chrétiens, mais les tuer quand on les découvre), les disciples de Jésus ramassent. Au risque de décevoir les plus lettrés ou les plus cinéphiles de nos lecteurs, Marc Aurèle n’est pas uniquement l’auteur de bestsellers stoïciens que connaissent les khâgneux, il n’est pas seulement le sage décrit dans Gladiator. C’est aussi un défenseur passif du paganisme d’État : il laisse faire.
Or donc, à Lugdunum, la population cherche un responsable à la crise du moment. Et ce sont les chrétiens, habituellement tolérés faute de mieux, qui servent de victimes expiatoires. L’État, cette fois comme tant d’autres, va abonder dans leur sens. Une cinquantaine d’entre eux sont arrêtés au sein de la communauté lyonnaise. Parmi eux, il y a une jeune fille rayonnante et pieuse, qui a pour nom Blandine. Interrogée et incarcérée, elle est soumise à la torture, mais se contente de répéter qu’elle est chrétienne et ne fait rien de mal. Incarnation de la douceur face au mal : folie pour les païens…
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Conduite dans un cirque pour servir de spectacle à la foule, en compagnie de ses frères et sœurs chrétiens, elle est attachée à un poteau, pour y être attaquée par des bêtes, mais celles-ci ne l’approchent pas. Ses bourreaux sont évidemment furieux, et la liste de ses sévices rejoint alors les pages les plus gores de la Légende dorée : flagellée, puis allongée sur un gril brûlant, elle est ensuite enfermée dans un filet et offerte à un taureau qui la jette en l’air avec ses cornes. C’est d’ailleurs l’épisode le plus célèbre la concernant. Finalement, c’est un bourreau qui l’égorge, avant qu’elle ne soit brûlée, et ses cendres jetées dans le Rhône, avec celles des autres martyrs chrétiens. Fêtée en même temps que les autres martyrs de Lyon, le 2 juin, elle a également été adoptée en 2017 par nos frères orthodoxes, qui la célèbrent (seule, cette fois) le 8 août.
Sainte patronne de la ville de Lyon, la douce Blandine veille depuis sa mort sur la belle capitale des Gaules. Peut-être a-t-elle vu ce qu’est devenue la Guillotière. Peut-être attend-elle les prochains temps de crise, qui pourraient bien, de nouveau, être défavorables aux serviteurs du Christ.





