On croirait qu’il est sorti d’une de ces vieilles séries de bouquins (comme Jeeves), ou d’une de ces vieilles séries télé (comme Chapeau melon et bottes de cuir), qui mêlent, d’une manière toute britannique, le classicisme et l’excentricité. Il est catholique, richissime, père de six enfants et incarne l’aile droite des Tories. Il est même question qu’il bascule chez Nigel Farage, dans les rangs du parti Reform UK. Jacob Rees-Mogg n’est guère connu chez nous, alors que c’est une sorte de figure dans le paysage politique de nos voisins d’outre-Manche, notamment à cause de son style, qui est l’expression naturelle de ses convictions.
Fils d’un patron de presse conservateur, Jacob Rees-Mogg a été éduqué à Eton puis à Oxford. Il est ensuite devenu banquier d’affaires, a fait une immense fortune, puis est entré en politique dans un petit coin de la campagne anglaise, le Somerset, dont il a été élu député. Dès lors, sa diction victorienne (plus personne, même dans la famille royale, ne parle comme lui), sa courtoisie exquise et ses prises de position radicales mais poliment exprimées, lui ont valu autant d’affection que de haine de la part des Britanniques. Suivant qu’ils admirent ou détestent (par une sorte de mépris de classe inversé) le côté extrêmement posh d’un personnage qui n’a jamais changé une couche de sa vie, roule dans une vieille Bentley des années 30, et s’en prend à l’avortement en direct, pendant l’équivalent anglais de notre « Télématin ».
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Et côté sapes, c’est pareil. Jacob Rees-Mogg porte exclusivement des costumes croisés, unis, d’une coupe très vieillotte, apparemment faits par Henry Poole. Larges, longs, confortables, les costards du député sont à son image : old school, un peu démodés même, suprêmement corrects, sans faute de goût mais pas sans fantaisie, puisque l’élégance classique prend aujourd’hui des allures de défi. Avec ça, des manteaux chesterfield (boutons cachés, col en velours), des chemises rayées, des cravates à pois. Une leçon de classicisme. Tout au plus signalera-t-on qu’il a emprunté à nos frères protestants un rapport totalement décomplexé à l’argent. Il apparaissait d’ailleurs, du temps de Thatcher, dans une vidéo où, âgé de douze ans et installé à l’arrière de la Rolls paternelle, il disait aimer le pognon. Personne n’est parfait.
« Honorable membre du Parlement pour le xviiie siècle », Sir Jacob, qui a été anobli dans les derniers jours du mandat de Boris Johnson est régulièrement caricaturé par ses adversaires, mais ceux-ci lui reconnaissent une parfaite honnêteté, un sens de la répartie redoutable et, bien sûr, une remarquable charité.





