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« La Voisine danoise » : un beau chaos scandinave

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Publié le

1 avril 2026

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Avec ses étonnants changements de ton, « La Voisine danoise » – en fait, une espionne à hybris empathique – concourt pour le titre de la meilleure série depuis des lustres.
© « La Voisine danoise »

Une fausse retraitée des services secrets danois se met au vert dans une petite copropriété en Islande. Très vite, elle va s’immiscer dans la vie de ses voisins et régler leurs problèmes de façon parfois expéditive. On avait découvert Benedikt Erlingsson en 2018 avec Woman at war, film plutôt correct et à fantaisie mesurée sur une activiste en guerre contre les nouvelles technologies. Sa nouvelle série, La Voisine danoise, marque des progrès confondants tout en approfondissant ses thématiques de prédilection dans un genre finalement délicat, celui de la comédie noire. On pourra d’abord tiquer devant la couche de progressisme qui englue les second et troisième épisodes avec l’accumulation de grigris sociétaux, VSS, grossesse adolescente, réfugiée libyenne en détresse, n’en jetez plus… Mais derrière cette soumission apparente au goût du jour, la série est beaucoup plus retorse, osant notamment ce qu’on pourrait qualifier d’humour racial intrascandinave où chaque nationalité est débinée par les autres. Les Norvégiens sont « colériques et peureux » et l’héroïne, s’étonnant d’une décoration que les autorités du cru vont lui remettre, se voit répondre par sa hiérarchie que les Islandais ont « une mentalité de colonisés ». On retrouve les ressorts communautaires qui faisaient le sel des deux premières saisons de L’Hôpital et ses fantômes (Lars von Trier, 1994-1997) vibrant d’animosité bilatérale ente Danois et Suédois.

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Trine Dyrholm entre Mary Poppins et Dexter

La série jouit également d’une identité visuelle très forte, grâce à un double dispositif qui pourrait rappeler certains films d’Alain Resnais. Chaque générique de début et de fin est chanté et dansé sur les hauteurs de Reykjavik, les premiers par Trine Dyrholm, seule, les seconds par la même adjointe de plusieurs acteurs ou actrices de l’épisode. Les morceaux, traditionnels ou non, en danois ou en islandais, évitent soigneusement l’anglais, la sécession – de la famille, de l’armée, de l’Empire – étant l’une des problématiques évidentes de La Voisine danoise. Le final du quatrième épisode offre une composition originale percussive et saisissante sur une danse de Saint-Guy parfaitement enchaînée à l’une des péripéties les plus rudes. Si la musique de Matti Kallio est suffisamment bonne pour pouvoir s’écouter indépendamment de la série, Trine Dyrholm convainc autant en chanteuse qu’en actrice. Grande comédienne danoise depuis ses débuts dans Festen de Thomas Vinterberg (1998), elle prend ses aises avec panache dans un rôle riche et goûtu qui passe insensiblement de Mary Poppins à Dexter. Sa Ditte est une force de la nature, comme on le voit au final assez terrifiant, une déesse qui, souhaitant l’ordre, crée le chaos, à l’image de la météo islandaise infernalement venteuse.

Mourir-ensemble

L’accorte voisine multiplie les masques, comme ce bas nylon enfilé sur le visage avant ses méfaits, ou un casque rouge assorti à son scooter. Les missions qu’elle se donne, pour terribles qu’elles soient, gardent toujours un arrière-fond comique. Siphonnant les données d’un ordinateur à la pause-déjeuner d’une agence gouvernementale, elle maugrée pour elle-même dans le bureau paysagé : « Evidemment, il n’y a pas de rideaux ! » La transparence protestante a du souci à se faire avec cette Ditte qui a toujours un agenda secret ou un trauma bien enfoui à guérir (avouons que cet aspect est le moins convaincant de la série). Gardienne d’un « hygge » caricatural (le cocooning danois, qui est censé chasser la déprime des frimas trop rudes et des nuits trop courtes), elle aborde les problèmes les plus scabreux autour d’une pavlova ou de kleinur (beignets du locaux), circonvenant ses pauvres voisins tous percés à jour (l’ensemble de la distribution est également épatante). Benedikt Erlingsson et son coscénariste Ólafur Egilsson ont peut-être réussi une démonstration à double-tranchant sur le vivre-ensemble : vouloir l’aplanir revient souvent à le faire exploser.


LA VOISINE DANOISE, de Benedikt Erlingsson Avec Trine Dyrholm, Kristin Thora Haraldsdottir, Hilmar Gudjonsson, 6 x 45 min. Disponible à la demande, sur Arte.tv jusqu’au 28 avril

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