Après Été 93, Carla Simón poursuit sa veine autobiographique avec Romería (qui signifie pèlerinage en galicien). Enfant, la réalisatrice a perdu, victimes du SIDA, ses deux parents toxicomanes. Dans son nouveau film, l’héroïne adolescente, Marina, part à la découverte de sa riche famille paternelle – au double sens du nombre et de la fortune – pour obtenir les papiers d’état-civil qui lui manquent. C’est aussi l’occasion de marcher sur les traces de ses parents, grâce au journal de sa mère qui est retranscrit à l’écran par des plans au caméscope. L’alternance de ces deux régimes d’images laisse la place dans la dernière partie à une séquence onirique – un peu longue – où la jeune Marina et l’un de ses cousins figurent le couple disparu au temps de leur amour.
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Lors d’une virée en bateau, un plan soudain au caméscope confond d’une façon indiscernable et troublante le couple fantasmé du passé et les jeunes du présent. Simón parvient à faire surgir une émotion discrète et profonde de scènes en apparence anodine au détour d’un geste ou d’un dialogue, comme cette conversation entre Marina et l’un de ses oncles, le second délivrant une sage leçon à la première : on ne peut pas changer les êtres, on ne peut que faire avec. À cet égard, un rituel de remise de cadeaux illustre cruellement les différences de traitement entre petits-enfants d’une même famille. Observons une curieuse coïncidence : seul film de l’écurie MK2 à être rentré bredouille de la compétition – calamiteuse – de Cannes 2025, Romería en était de très loin le plus beau et le plus touchant.
Romería (1h54), de Carla Simón, avec Llúcia Garcia, Mitch Martin, Tristán Ulloa, en salles le 8 avril





