Après Roméria, voici Morlaix, un autre film espagnol – mais situé en France, celui-ci —, qui ose toute une partie « film dans le film », plus ouvertement méta encore, d’autant que la continuité est fréquemment mise à mal par des passages impromptus du noir et blanc à la couleur (et vice versa), des changements de format, sans compter les fréquentes interruptions du flux d’images, par l’apparition de photographies de plateau (fixes donc). L’histoire est d’une grande simplicité, celle de Connemara (Alex Lutz) ou de Partir un jour (Amélie Bonnin), un premier amour de lycée et son passage dans le temps.
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On pourra reprocher à Jaime Rosales, l’un des plus passionnants cinéastes espagnols (cf. son chef-d’œuvre La Soledad), cette imprégnation conceptuelle qui désamorce à peu près complètement l’émotion dans la seconde partie. Ce serait oublier que la première étonne constamment, et que ses jeunes acteurs sont tous d’une fraîcheur et d’un talent remarquables, avec une incroyable révélation en deux scènes, le jeune frère de l’héroïne, véritable Jean-Pierre Léaud en devenir. Est-ce la non-francité de Rosales, mais son film est exempt de toute vulgarité, ce qui ne laisse pas de surprendre. On pense plus d’une fois au grand ancien qui étend ses ailes de géant au-dessus de Morlaix, Alain Resnais, dont l’esthétique cousine contamine le film pour le meilleur et pour le pire. La ville bretonne est admirablement filmée et n’importe quel plan semble plus juste que s’il était commis par un réalisateur de ce côté-ci des Pyrénées. Malgré ses défauts, voilà un très beau spécimen d’art et d’essai.
Morlaix (2H04), de Jaime Rosales, avec Aminthe Audiard, Samuel Kircher, Mélanie Thierry, en salles le 15 avril





