Cinéaste-phare des années 1990, Wong Kar-wai s’était fait discret depuis son dernier long-métrage, The Grandmaster, en 2013 ; le revoici avec un format inattendu, une série au long cours adaptée d’un roman-fleuve de Jin Yucheng. Blossoms Shanghai suit les aventures d’un trader emblématique, du ruisseau où l’a ramassé son mentor jusqu’à un penthouse de palace, avant sa chute programmée, figurée dès le premier épisode par un accident de voiture, évidente tentative de meurtre. Tous les films de Wong sont peu ou prou des romans de gare sublimés par une esthétique maniériste qui devient littéralement le sujet, comme on le voit aux motifs d’In the mood for love (2000) – tromperie, impuissance – évidés jusqu’à ne plus laisser que la brillance en majesté des dizaines de robes qipao qu’exhibe Maggie Cheung. Sa série n’échappe pas à la règle, et le sujet plutôt excitant de l’ouverture de la Bourse de Shanghai en 1992 devient rapidement une toile de fond où le héros mâle et mélancolique, Ah Bao, est assailli de femmes-fleurs à divers degrés de fraîcheur et d’intérêt, de l’ingénue à voix criarde au chœur de matrones, en passant par une amie de cœur à la langue bien pendue et l’indispensable femme fatale, nouvelle patronne de restaurant à la mode qui semble chercher sa perte. Car, il faut le dire, Blossoms Shanghai procure assez rapidement le plaisir du feuilleton avec ses personnages hauts en couleur et ses rebondissements bien dosés (on conseille de guetter l’amusante apparition d’une marque de maille française, Montagut). […]
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