Il y a très longtemps dans l’autre siècle (à la fin des années 80), Alexandre Jardin avait tout pour m’énerver. De quelques mois mon aîné, il semblait jouir de toutes les gâteries de l’existence. Né en 1965 dans une famille brillante (son père était le scénariste Pascal Jardin), il était beau, décontracté, facétieux et avec ça… modeste. Et sans doute plus horripilant que tout, Alexandre Jardin disposait d’une grâce qui m’échappait comme l’eau filante entre les doigts : le succès ! À vingt ans, il toucha le gros lot avec son premier roman Bille en tête. En 1988, son livre Le Zèbre fut distingué par le jury du prix Femina. De quoi énerver… Quarante ans plus tard, je retrouve mon séduisant romantique sur les marches de l’église parisienne de Saint-Philippe-du-Roule. Les cheveux sont poivre et sel, la silhouette s’est arrondie, la taille n’est pas si grande, le prestige s’est émoussé. Voilà un garçon enfin sympathique. Sympathique comme le combat qu’il mène depuis des mois contre les ZFE (zones à faibles émissions). Ces péages anti-pauvres conçus dans les cerveaux malades des écolos-progressistes, qui empêcheront bientôt les pauvres de rentrer en voiture dans les villes. Alors quand on habite en province, quand on est banlieusard, quand on est propriétaire d’un vieux bahut à essence, on crie : « Vas-y Alex, vas-y bouboule, rentre leur dedans ! » […]
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