On aurait aimé ouvrir ce numéro d’été en parlant d’autre chose. L’été est là, la moiteur avait même pris de l’avance, et voilà que les préfets se découvrent soudain une vocation de pion. L’hôpital manque de lits, la police d’effectifs, la justice de moyens et l’école de tout ; en revanche, les idées à la con pondues au plus haut sommet tournent à plein régime. Comme l’imprimante de la préfecture. S’il y a bien un service public qui marche à merveille, ce sont les arrêtés préfectoraux. Champion du monde ! La société de la permission est en marche. Et celle qui laisse buter nos enfants aussi.
On aurait aimé lancer ce numéro d’été avec légèreté et méchanceté. Mais l’époque ne nous laisse même plus le luxe de l’insouciance. Elle entre partout, et ce sont les noms de Lyhanna, Louis, Élias et de tant d’autres qui viennent nous hanter. Le flux des horreurs ne s’arrêtera donc jamais : plus nombreuses, plus intenses, plus sadiques. On nous promet que « toute la lumière sera faite », mais la lumière arrive toujours quand il n’y a plus personne à sauver. La pulsion de mort rôde jusque sur les bancs du Parlement et le Mal ne se cache plus. L’État, lui, ne se contente même plus d’être absent : il est présent là où il est inutile. Nounou avec le tout-venant, lâche avec les barbares ; moins il tient le pays, plus il serre nos vies. Mais l’autorité des faibles ne dure jamais longtemps.
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Et pourtant, une lueur est venue des salles obscures. Après un démarrage poussif, l’ambitieux La Bataille de Gaulle d’Antonin Baudry s’offre une deuxième vie. En pleine canicule, la salle climatisée fait un refuge idéal – et, au prix du ticket, autant choisir un film de trois heures. D’autant que le second volet se révèle bien plus réussi que le premier : plus resserré, plus incarné, plus fort. Avec ses trois lignes claires cette fois – de Gaulle, Moulin et le grand Leclerc –, les personnages ont de la chair, une âme et du cœur. Et ce petit plaisir aristocratique de se chercher toujours plus de devoirs, surtout quand on charge en voiture les Panzers de Rommel. L’espoir renaît. Et notre dette avec. Le courage et la droiture des anciens nous obligent. L’âme française résiste toujours ; seulement, les petits lâches squattent les lumières des plateaux de télévision comme tribunes politiques. La petite notoriété satisfaite et le pré-carré garanti ne poussent pas au courage. Mais il n’y a pas si longtemps, quelques-uns, peu nombreux, en décidèrent autrement : « Nous sommes les Français libres. Nous sommes invaincus. Nous ne nous rendons pas, nous ne reculons pas, et nos enfants n’auront rien à nous reprocher. » C’est aussi ça, le cinéma, comme la politique : l’illusion performative, qui embarque tout derrière elle. Eh oui, même le panache s’édifie.
Alors, faut-il renoncer à l’été ? Certainement pas. Quittons un temps les gestionnaires du déclin et autres professionnels du renoncement. Marchez, nagez, buvez. Lisez, riez et chantez fort. On ne défend pas une patrie abstraite, et les choses légères ne sont pas les choses secondaires : elles survivent souvent aux grands mensonges. Pour l’occasion, nous vous avons concocté un beau programme : bullez malin et bronzez réac. Mais que personne ne prenne l’été pour une permission d’oublier. Ce numéro est une halte, pas une reddition. La rentrée aura l’odeur des années présidentielles, celle des petites combinaisons, des grandes indignations de théâtre et des vieux renoncements repeints aux couleurs de l’espérance. Et dans ce pays si grand aux allures de tiers-monde, les puissances étrangères font leur marché, de Moscou à Washington, en passant par Pékin et les pétromonarchies. Agent de l’étranger est devenu un métier sous tension en France. Mais jamais, jamais, même au plus bas de l’espoir, nous n’irons chercher une fidélité de substitution ni un secours sous un autre drapeau. Il faudra viser plus haut que la victoire. Voilà pourquoi nous vous souhaitons un bel été. Prenez des forces et gardez la colère au frais. En septembre, nous reviendrons bronzés et debout.
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