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Cocktails d’élite

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Publié le

27 juillet 2026

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Cet été, comme le préconisent le bon sens et le gouvernement, il sera indiqué de bien s’hydrater afin de supporter sans fléchir la chaleur. Ce n’est pas une raison pour boire n’importe quoi. Voici donc trois cocktails d’exception.
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BLACK VELVET : L’ARISTOCRATE

Créé en 1861 à Londres par un client qui n’osa boire son champagne tel quel alors que le prince consort venait de mourir, et qui décida donc de le « mettre en deuil » avec de la bière brune, le « black velvet », « velours noir », est un cocktail typiquement anglais, c’est-à-dire ambigu, puisqu’on ne sait pas si l’on doit se désespérer de ce saccage flagrant du meilleur alcool, ou admirer l’élégance morale de la chose. En tout cas, inviter une jeune personne à prendre un verre et plomber son champagne avec une Guinness en lui expliquant que telle commémoration (le Traité de Paris, Diên Biên Phu, la mort de Paul Verlaine) empêche de savourer le champagne dans sa robe dorée comme lors d’un soir sans ombre, peut au moins fabriquer un beau moment et exposer d’un seul geste votre sens sacré des hiérarchies. Gâchez 6 cl de champagne avec 6 cl de stout. Admirez la division des liquides et comment les bulles dorées se heurtent à la couronne noire. Trinquez d’un air tragique.

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MAURESQUE : LE COLONIAL

Durant la campagne d’Algérie, entre 1830 et 1840, les soldats français du bataillon d’Afrique ajoutèrent du sirop d’orgeat à leur absinthe. La robe de la boisson vira au même blanc que celui des robes des mauresques, et la conquête de ces territoires abstèmes se célébra par de nombreuses tournées de la boisson nouvelle. Plus tard, l’absinthe prohibée fut remplacée par le pastis et le cocktail prit parfois le nom d’EPO, pour « Eau-Pastis-Orgeat », appellation triviale qu’il serait grossier de perpétuer. Parfaite pour les longs apéritifs estivaux, la mauresque se déguste plutôt en groupe d’hommes non-déconstruits au moment d’élaborer des stratégies impériales. La reconquête de l’Algérie, du moins du Sahara pétrolifère, y sera évoquée avec des langues solennelles mais adoucies d’anis et d’orgeat. 4 cl de pastis, 1 cl de sirop, de l’eau jusqu’à remplir un verre « long drink » chargé de glaçons, un zeste d’arrogance française et un souvenir ravivé de notre mission civilisatrice suffiront à parfaire la mixture.

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FRENCH 75 : L’ARTILLEUR

Ancêtre de notre cocktail de L’Incorrect, sans que nous le sachions au moment d’élaborer ce dernier, mais c’est ainsi que se vérifient encore les traits et les permanences du génie national, le French 75 est constitué de gin (3cl), de champagne (6cl), de jus de citron (1,5cl) et de sirop de sucre (1,5cl). Il a été conçu et popularisé durant la Grande Guerre, en hommage à l’obus de 75 qui faisait alors des ravages dans le camp ennemi. C’est donc un « canon » au sens le plus historique du terme, et aussi efficace que le mythique 75 en termes de déflagration éthylique. Le mieux est de mélanger dans un shaker le gin, le citron et le sirop avant de compléter avec le champagne et d’orner la coupe d’une tranche de citron. À boire seul avant une charge décisive, qu’il s’agisse d’une déclaration amoureuse ou d’une déclaration de guerre, en écoutant « Diamond Veins » de French 79, dont le nom est un écho direct au cocktail mythique. Si vous ne dépassez pas la dose prescrite, vous devriez faire des ravages.

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