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Blocus des lycées : l’école publique, otage de la gauche

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Publié le

7 octobre 2026

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Alors que le blocus des lycées embrase le pays à quelques mois de la présidentielle, le professeur d’histoire Ambroise Tournyol du Clos y voit l’aboutissement logique de cinquante ans de choix politiques et pédagogiques portés par la gauche. Il appelle à ne rien céder au désordre, à restaurer l’autorité des enseignants et à replacer la transmission au cœur de l’école.
© DR

On aurait tort de s’étonner du chaos qui bouleverse actuellement le paysage scolaire de notre pays. L’explosion était dans l’ordre des choses. La gauche a tout fait pour aboutir à ce désordre. Il était logique qu’il se produisît à la faveur de cette année présidentielle, comme pour installer un bras de fer et gagner par la rue l’audience que les sondages lui refusent pour le moment. La question des moyens aura servi de prétexte et fourni l’étincelle suffisante. Mais à quelles mesures politiques doit-on au fond cet embrasement sinon celles promues par la gauche depuis cinquante ans ?

Ouvrir largement les frontières et s’enivrer, la main sur le cœur, de cette dilatation inédite de la fraternité. Cultiver les communautarismes, au titre des sacro-saints droits de l’homme, et faire en sorte que les derniers venus ne s’intègrent pas à la maison commune. Accuser sans cesse notre histoire et notre culture comme pour les rendre inhospitalières. Exalter la lutte des classes et laisser croire à toute une partie de la jeunesse que la politique se réduit à un pur rapport de forces. Coaliser les cheveux bleus et les abayas en un cocktail baroque et explosif, qui a déjà fait ses preuves en Iran en 1979. Priver nos élèves d’un langage riche et précis au profit de simplifications hâtives et démagogiques, comme en témoigne l’illettrisme des pancartes portant revendications. Abaisser le niveau des exigences scolaires et se flatter d’une profonde révolution pédagogique à mesure que le niveau baisse. Un inspecteur se faisait encore le promoteur de la classe flexible lors d’une journée de formation, la veille du blocus. Il a sans doute été entendu.

Après avoir laissé la gauche révolutionnaire semer la zizanie, la gauche socialiste fait mine de vouloir y répondre avec les accents langoureux et pathétiques dont elle a le secret. « Il faut aimer la jeunesse », lance Ségolène Royal, sans aucune arrière-pensée. « Les revendications sont légitimes », embraye Pierre Moscovici, aux prises avec le réel depuis son bureau feutré de Bruxelles. Parmi d’autres, la CGT et le SNES, qui font figure de bonnes âmes, s’engagent à canaliser la colère qu’ils ont attisée et, par un habile et cauteleux renversement sémantique, à protéger les candides bloqueurs contre les redoutables policiers. Comme le montre bien Jean-Christian Petitfils dans l’excellente synthèse qu’il vient de publier sur la Révolution, cette stratégie de la terre brûlée fut exactement celle des Montagnards au lendemain du 10 août et des massacres de septembre 1792. Les débordements des sans-culottes permirent à Robespierre de pousser ses pions avec un machiavélisme désarmant. Formées à l’agit-prop, les troupes de Mélenchon connaissent parfaitement cette histoire dont ils se sont fait un manuel d’action politique. Face à ce concours de mauvaise foi, que reste-t-il à faire ?

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D’abord, refuser à tout prix de mordre la poussière et de concéder le point à l’adversaire. La réforme de l’école ne se négocie pas dans le chaos. Sans quoi l’on confirmerait lycéens et étudiants dans l’utopie marxiste que la lutte seule transforme le monde. Dans mon lycée, une cinquantaine de casseurs ont pris en otage 900 élèves qui ne demandaient qu’à retourner en cours. Allons-nous décerner un prix aux rebelles ?

Ensuite, déplacer la question des moyens vers les fins. Ce n’est pas l’argent manquant qui plombe aujourd’hui notre modèle scolaire, bien plutôt la perte de sens du geste enseignant. Le lycée Nelson Mandela brûlé par les casseurs de Nantes a coûté plus de 60 millions d’euros. Bien moins dotés, les établissements hors-contrat obtiennent de bien meilleurs résultats que beaucoup de lycées publics en raison de choix pédagogiques à la fois plus cohérents et plus efficaces. Sommes-nous encore convaincus du prix irremplaçable de la transmission ?

Encore faut-il restaurer l’autorité des professeurs et rappeler combien elle est légitime et utile à leurs élèves. Le dernier classement PISA place la France en avant-dernière position sur 88 pays en matière de climat scolaire. Il y a donc du pain sur la planche pour retrouver le silence et l’attention dans nos classes. L’interdiction du téléphone portable dans les lycées était une mesure de salut public mais elle ne suffit pas. On voit d’ailleurs combien l’outil a servi de relais dans la révolte, plus sûrement que les pétards et les mortiers, les casseurs s’étourdissant à l’envi de cette infinie démultiplication d’eux-mêmes sur les écrans.

Sans doute faut-il rappeler à la profession enseignante l’exigence de neutralité qui devrait être la sienne. Le ministre s’était pourtant fendu d’une déclaration très claire début septembre : « L’école n’est pas le lieu de la campagne. » Il faut croire qu’il n’a pas été entendu. Plus que jamais, la gauche entend se saisir, avec le plus grand cynisme, de l’école comme levier de sa campagne.

Enfin, il est temps de retrouver le chemin de l’exigence scolaire et de nourrir avec la plus grande application tous nos élèves, même les plus fragiles. Le pédagogisme, qui bloque l’école depuis un demi-siècle, a fait son temps. Placé au centre, l’enfant-roi a fini par quitter l’école et la brûler. La baisse du niveau scolaire n’est pas une fatalité. Nous pouvons encore la conjurer si nous y jetons toutes nos forces et libérons l’école du gauchisme culturel, avec la plus grande honnêteté.

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