Àl’heure où le cinéma d’horreur est en train de se réinventer avec des propositions radicales (voir l’incroyable Substitution, ou dans une moindre mesure, The Backrooms) la série Widow’s Bay, vendue comme le joyau de son catalogue fantastique par la plateforme Apple TV, fait figure d’objet étrangement académique, d’un classicisme si assumé qu’il en devient programmatique. Et pour cause : Widow’s bay est une petite île au large des côtes étatsuniennes comme le cinéma en a déjà fabriqué des dizaines par le passé : des Oiseaux d’Hitchcock en passant par Fog de John Carpenter (auquel la série doit presque tout), sans oublier Innsmouth, la cité portuaire décatie inventée par H. P. Lovecraft. Les petites communautés insulaires, consanguines, hantées par un folklore local maritime et par des secrets familiaux pesants sont depuis longtemps un décor classique du cinéma d’horreur. C’est probablement en prenant compte de cet embarrassant legs que la scénariste Katie Dippold, pas du tout coutumière du genre (elle a commis Parks and Recreation, mais aussi l’affligeant script du reboot féminin de SOS Fantômes) a pris la plume, avec la ferme intention de créer une sorte de série ultime sur le sujet, une anthologie de l’horreur qui serait capable de rameuter dans un seul geste tous les archétypes mythologiques liés aux paysages côtiers, mais aussi à l’histoire des États-Unis.
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Un geste ambitieux dont l’impact se neutralise malheureusement assez vite, et bien que Dippold soit entourée de réalisateurs plutôt solides (Ti West) parce qu’il est scolaire en diable : la réalisatrice campe en effet une galerie de personnages bien trop écrits pour sonner vrai, et compile avec une application zélée son petit compendium de « monstres et merveilles du littoral ». Le problème, c’est que rien n’est vraiment effrayant, malgré tout le mal que se donnent les acteurs pour distiller le malaise. La moindre situation a déjà été vue mille fois et même les quelques inventions rigolotes (une « harpie des mers » qui tue ses victimes à coups de face sitting) tombent curieusement à plat, comme si personne n’y croyait vraiment. Quant à l’humour, mis en avant pour donner à l’ensemble une tournure inédite, il sonne tout aussi creux – traits d’esprit typiques de ces scénaristes qui font les malins, mais qui oublient finalement que raconter une bonne histoire, c’est d’abord y croire.
WIDOW’S BAY, de Katie Dippold (10 épisodes) Avec Matthew Rhys, Kate O’Flynn et Kevin Carroll, sur Apple TV.




