Il y a quelque temps, une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux faisait la promotion d’un job-dating organisé par l’Académie de Versailles pour recruter plus de 400 contractuels dont 300 professeurs d’ici la rentrée 2022. Le lundi 30 mai, la logistique était assez phénoménale : près de 400 entretiens de trente minutes ont été organisés, le département des Yvelines étant à la recherche de 150 enseignants en école primaire, autant en collège et lycée, sans oublier des accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH). Une mesure d’urgence qui a été très décriée, mais qui semblait être la seule alternative pour pallier à court terme le manque de professeurs.
En tout et pour tout, plus de 2 000 postes (environ 1 300 enseignants dont 700 professeurs des écoles et 600 enseignants en collèges/lycées, et 300 AESH) sont à pourvoir dans l’ensemble de l’Académie de Versailles pour la rentrée, et trois autres job-dating ont déjà été organisés à cet effet.
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Une crise des vocations très inquiétante
Et ce problème de recrutement est loin de ne toucher que l’académie francilienne. Comme dans le secteur hospitalier, cette crise est due à un déficit grave de personnels, et le trou à combler sur le court terme paraît immense. « La situation pour la prochaine rentrée est inquiétante (…) Des personnels vont manquer pour la rentrée 2022 » résument des syndicats enseignants très inquiets dans un courrier envoyé au Premier ministre Elisabeth Borne.
C’est que les métiers de l’enseignement n’attirent plus autant qu’il le faudrait pour assurer un service public de qualité, et une crise particulièrement grave s’annonce au regard des résultats des concours de l’enseignement. En ce qui concerne le premier degré, le nombre d’admissibles avant oraux est à peine supérieur au nombre de postes à pourvoir dans de nombreuses académies. À Aix-Marseille par exemple, il n’y a que 499 admissibles pour 395 postes, ou 495 pour 406 à Grenoble. Pis encore, à Paris, seuls 180 candidats sont admissibles pour 219 postes, et seulement 521 pour 1079 à Créteil.
Dans le second degré, les chiffres sont encore plus effrayants. Au Capes externe de mathématiques, seuls 816 candidats (contre 1706 l’an dernier) ont été jugés admissibles pour 1035 postes. Et le constat est le même en allemand (83 pour 215 postes), en lettres classiques (60 pour 134) ou en lettres modernes (720 pour 755). Le tout avant les oraux !
Cette crise est due à un déficit grave de personnels, et le trou à combler sur le court terme paraît immense
Certes, le ministère cherche à se justifier d’un tel échec, qu’il juge conjoncturel : il serait dû à la réforme des concours de recrutement d’enseignants, qui pouvaient auparavant être passés dès le master 1 mais qui ont désormais lieu en master 2. Une partie des étudiants de master 2 les ont ainsi déjà réussis l’an dernier, d’où une année de transition. « Ça nous amène à une baisse mécanique qui était anticipée » a assuré Vincent Soetemont, directeur général des ressources humaines du ministère.
Ces justifications ne font pourtant pas taire les revendications des syndicats, assurant que du personnel va manquer pour la rentrée de septembre. Car le problème d’attractivité est bien plus ancien et structurel que le gouvernement ne veut bien le dire. Pour pallier les problèmes de recrutement, les jurys diminuent d’année en année le seuil au-dessous duquel les candidats sont jugés irrecevables. Par exemple au capes de mathématiques, en réponse à la baisse du nombre de candidats (de 4000 candidats en 2006, nous sommes tombés à 2 075 en 2021), le seuil d’admission est passé de 9,5/20 en 2006 à 8/20 en 2021 ! Cette crise de l’enseignement, tout comme celle de l’hôpital, est au final bien plus profonde qu’une simple pénurie de personnel : c’est le niveau général de l’enseignement qui est directement, et gravement, touché.
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Des rémunérations bien trop faibles
Comment expliquer ce manque d’attractivité ? Parmi d’autres critères (perte de sens, élèves insoumis, etc), il est avant tout le résultat logique d’un niveau de rémunération qui laisse à désirer. D’après Statistica pour l’OCDE, en 2019, le salaire brut annuel moyen perçu en France par un professeur de collège s’élevait à 29 400 € par an en début de carrière, puis à 35 500 € après 15 ans d’expérience. Un salaire relativement faible alors qu’un bac+5 est requis pour être professeur certifié, et qu’en moyenne, un tel niveau d’étude appelait un salaire annuel brut de 39 000 euros à l’embauche en 2017, d’après une étude de l’APEC. Surtout, en comparaison aux autres pays de l’OCDE, les salaires français sont très faibles. Ainsi, un professeur belge en début de carrière gagne annuellement 34 100 € (48 200 € après 15 ans), un professeur espagnol 42 100 € (puis 48 600 €) et un professeur allemand 62 300 € (puis 75 400 €).
En 2021, à la suite du Grenelle de l’éducation, Jean-Michel Blanquer avait annoncé le déblocage d’une enveloppe de 400 millions d’euros consacrée à la revalorisation du salaire des enseignants via de nouvelles primes. Il souhaitait notamment augmenter de 100 euros le salaire des jeunes professeurs. Une mesure nécessaire mais insuffisante. Car depuis les années 90, si en apparence les salaires des enseignants français ont augmenté, cette hausse n’a pas compensé les effets de l’inflation sur leur pouvoir d’achat. Ainsi, une fois l’impact de l’inflation pris en compte, les enseignants français ont perdu entre 15 et 25% de rémunération au cours des vingt dernières années. Il n’est dès lors pas surprenant que, d’après un rapport de mai 2021, près 29% des enseignants envisageraient de changer de profession.





